Le Portugal est à sec

Vincent Vantighem

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Laurinda derrière son étal, au marché couvert de Campo Ourique à Lisbonne, Portugal, en mars 2012.
Laurinda derrière son étal, au marché couvert de Campo Ourique à Lisbonne, Portugal, en mars 2012. — V. VANTIGHEM / 20 MINUTES

Jose Salvarez n’est pas du genre à croire à ces «conneries» mais dimanche, cet agriculteur installé à 150 km à l’est de Lisbonne a allumé un cierge dans la chapelle Saint-Pierre qui jouxte ses champs. L’apôtre se fait prier. Le Portugal est le pays d’Europe le plus touché par la sécheresse actuelle.

Selon l’institut de météorologie, le niveau de pluviométrie de février est le plus bas enregistré depuis quatre-vingt-un ans, date où les relevés ont fait leur apparition! «Les pâtures sont déjà brûlées, raconte José Salvarez au téléphone. Les bêtes n’ont plus rien à brouter. Nous devons puiser dans nos réserves de fourrages prévues pour l’été.» Conséquence: la botte de foin a déjà vu son prix bondir de 25%.

Des vendeurs ruinés par la crise

A l’autre bout de la chaîne alimentaire, le consommateur commence, lui aussi, à tirer la langue. Dans le marché couvert de Campo de Ourique à Lisbonne, la moitié des étals en stuc ont déjà été abandonnés par les vendeurs ruinés par la crise. L’autre moitié attend désespérément le chaland.

«Ce matin, mon fournisseur de brocolis a augmenté ses tarifs de 50 % à cause de la météo, se désole Laurinda derrière son étal. C’est difficile. Pour garder mes clients, je suis chaque jour obligée de faire la promotion d’un produit différent…» Ce jour-là, les carottes à 0,50€ le kilo ont donc plus de succès que les fameux brocolis, cinq fois plus cher. «On fait maintenant attention à tout, confirme une cliente. Ça peut très vite devenir la galère…»

Jorge Morgado en sait quelque chose. Secrétaire général de Deco, la principale association de défense des consommateurs du pays, il n’a qu’à ouvrir la porte de son bureau pour se rendre compte des effets de la crise. La file d’attente s’étend jusque sur le palier de l’immeuble, à deux pas du parc Eduardo-VII.

«Ce sont les nouveaux surendettés, détaille-t-il. Ils n’ont pas souscrit de crédits inutiles. Ils n’ont pas perdu leur boulot. Ils n’arrivent juste plus à faire face à la situation actuelle. Si les prix continuent d’augmenter, ce sera désastreux…»

Et même si la pluie venait à tomber maintenant, l’institut de météorologie estime qu’elle ne suffirait pas à compenser les effets en cours de la sécheresse.

Appel à la grève

La CGTP appelle à la grève générale, ce jeudi 22 mars 2012, pour protester contre les mesures d’austérité du gouvernement. Notamment la suppression annoncée de quatre jours fériés destinée à relancer la compétitivité. Le taux de chômage est aujourd’hui de 14,5%.