Macky Sall: «Nous ne serons pas responsables de la violence, mais nous y répondrons»

INTERVIEW Le candidat de l'Alliance pour la république devrait battre Abdoulaye Wade au second tour si celui-ci accepte sa défaite...

Propos recueillis par nos envoyés spéciaux Armelle Le Goff et Vincent Wartner

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Macky Sall, candidat à la présidentielle sénégalaise et opposant à Abdoulaye Wade.
Macky Sall, candidat à la présidentielle sénégalaise et opposant à Abdoulaye Wade. — V.WARTNER / 20 MINUTES

De nos envoyés spéciaux au Sénégal,

Macky Sall affrontera Abdoulaye Wade, le président sortant, lors du deuxième tour de l’élection présidentielle le 25 mars prochain. Mathématiquement, avec 26% des suffrages lors du premier tour et le ralliement de Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng, qui ont réuni 13 et 11% des voix, le candidat de l’Alliance pour la république (APR) est le mieux placé pour gagner, mais il n’exclut aucune hypothèse…

Comment se passe la campagne?

Elle se passe très bien au plan populaire, mais elle est très éprouvante au plan physique. Ce lundi, je suis enroué et fatigué, mais si je tiens, c’est grâce à l’engouement populaire, qui me porte et me réconforte.

C’est important pour vous de rencontrer les différents acteurs de la société civile sénégalaise, comme vous l’avez fait ce lundi durant plus de deux heures avec les professionnels de santé?

Oui, il faut aller à la rencontre de la population sénégalaise car c’est elle qui permet de comprendre où doivent se situer les priorités du pouvoir. Je prends beaucoup de temps pour le faire, et, ces dernières semaines, j’ai rencontré les professionnels de l’éducation, de l’artisanat... Et je pense que c’est ce qu’il y a de plus instructif.

Mathématiquement, vous devriez gagner le deuxième de tour de l’élection présidentielle, êtes-vous confiant ou avez-vous peur de vous faire voler l’élection?

Je suis confiant en ce qui concerne ma victoire dans les urnes, mais je suis préoccupé par la volonté du pouvoir de créer des contre-feux violents. Des milices privées auraient été recrutées pour agresser et cela me paraît inquiétant.

Vous avez été le Premier ministre d’Abdoulaye Wade de 2004 à 2007 et compté parmi ses proches en politique, quel destin lui prêtez-vous s’il ne remporte pas cette élection?

Il devra se reposer! Mais il doit avant tout accepter le verdict des urnes. Si le peuple décide de désigner Macky Sall président de la République, il doit l’accepter! Evidemment, j’ai de l’affection pour lui, mais il s’est engagé dans le combat de trop. Il avait la possibilité de sortir par la grande porte, là, il risque de devoir sortir par la fenêtre…

Que répondez-vous à ceux qui disent Macky Sall et Abdoulaye Wade, c’est bonnet blanc et blanc bonnet?

C’est un slogan, mais ce n’est pas la vérité. Tout homme politique se construit son destin. Mon chemin a croisé celui d’Abdoulaye Wade vers qui je suis venu lorsque j’avais 27 ans et auprès de qui j’ai commencé et construit ma vie politique durant dix-sept ans. Mais on s’est séparés du fait de positions inconciliables [en 2008, en tant que président de l’Assemblée nationale, il a convoqué Karim Wade pour des malversations financières ce qui a créé la rupture avec Abdoulaye Wade] et, aujourd’hui, on n’a clairement pas la même vision des priorités. Si je suis élu à la tête du pays, je conserverais évidemment ce qu’il a fait de bien, mais pour le reste on mettra de l’ordre dans de nombreux dossiers…

Certains critiquent vos soutiens à l’étranger ou font de vous le candidat de la France et/ou de l’industriel  Bolloré, que leur répondez-vous?

Ce sont des accusations fausses et malhonnêtes, alimentées par le camp d’Abdoulaye Wade. Je n’ai aucun lien avec Bolloré que je ne connais même pas et je ne suis pas le candidat de la France. Cela fait quatre ans, depuis la création de l’Alliance pour la république (APR), que je sillonne le pays de long en large, car j’ai compris que ce sont les citoyens de ce pays qui ont le pouvoir et qu’il faut les convaincre de nous le déléguer, ce ne sont donc pas des soutiens étrangers qui me porteront au pouvoir le 25 mars prochain.

Est-ce que ce n’est pas d’Abdoulaye Wade que vous tenez cette façon de faire campagne sur le terrain?

Mais c’est de la calomnie! Abdoulaye Wade ne va pas à la rencontre des gens de ce pays, sauf lorsqu’il est en campagne. Evidemment, comme il a fait cinq ou six campagnes, il a eu le temps d’explorer le pays, mais ce n’est pas quelque chose qu’il a pris le temps de faire, comme je l’ai fait moi pendant quatre ans. Il faut savoir que ce sont quatre années durant lesquelles je n’ai pas passé un seul week-end chez moi, avec ma famille!

Est-ce que vous craignez des violences à l’issue de ce deuxième tour?

Bien sûr, si le résultat des urnes n’est pas accepté il risque d’y avoir des violences. Si Abdoulaye Wade ne reconnaît pas la légitimité du scrutin et refuse de quitter le pouvoir nous entrerons en résistance légitime.

Une résistance légitime… Et pacifique?

Quand on finance et distribue des gourdins et des armes blanches, il ne faut pas s’étonner que le camp d’en face réagisse. Nous ne serons pas responsables de la violence, mais nous y répondrons.