Alan Garcia, le social-démocrate au passé trouble

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 L'ancien président social-démocrate Alan Garcia (1985-1990) veut convaincre les Péruviens qu'il a "changé" et "mûri" après un mandat désastreux, incarnant aujourd'hui le "changement responsable" face à l'aventure populiste.
Alan Garcia, qui a essuyé une cinglante défaite en 2001 contre Alejandro Toledo, fait figure de vieux routier de la politique péruvienne. L’homme joue sur son expérience, affirmant être le seul à pouvoir barrer la route de la présidence au militaire nationaliste Ollanta Humala.
Né en 1949, à Lima, dans une famille de classe moyenne, élève doué et volontaire, Alan Garcia entre à 17 ans dans les jeunesses de l'Apra (social-démocrate), le parti fondé par Victor Raul Haya de la Torre, avec lequel le jeune homme se lie très vite. Actuellement, l’Apra est la seule formation réellement organisée au Pérou et bien implantée au niveau national.
En 1978, Alan Garcia sera le plus jeune député élu à l'Assemblée constituante avant de devenir le plus jeune président de la République du Pérou, en 1985, à 36 ans. Marié à une blonde Argentine, Pilar Nores, et père de quatre enfants, Alan Garcia, a de nouveau fait preuve de ses extraordinaires talents d'orateur - de charmeur de serpents diront ses adversaires - et de son charisme, tout au long de la campagne électorale. Si la silhouette s'est épaissie, l'infatiguable colosse - il mesure 1,90 m - possède toujours assez de tonus pour monter sur les estrades, y danser parfois et envoûter ses sympathisants.
Alan Garcia paraît conscient de la nécessité de rompre avec le passé, nombre de Péruviens lui vouant une haine tenace pour sa gestion désastreuse durant son premier mandat quand l'inflation atteignait des sommets vertigineux. Cette période noire reste pour les Péruviens d'âge mûr toujours synonyme de corruption et de chaos économique.
Le Pérou était aussi en proie dans les années 1990 à une situation d'instabilité et de guerre civile, avec une montée fulgurante et sanglante du terrorisme (Sentier lumineux) et de nombreuses violations des droits de l'Homme par les forces gouvernementales.
"Alan", comme l'appelle les Péruviens, a fait son mea culpa et reconnu lors de la campagne électorale - comme durant celle de 2001 - avoir commis de graves erreurs, économiques principalement. Il s'en est excusé et a demandé "pardon aux Péruviens", laissant entendre que l'expérience acquise lui permettrait, s'il accédait de nouveau à la présidence, de ne plus commettre de telles fautes.
"Mais a-t-il réellement changé", s'interroge sans cesse la presse locale. Auprès de ses partisans, Alan bénéficie toujours de l'aura du persécuté politique, acquise lorsque, recherché par la police d'Alberto Fujimori en 1992, il s'enfuit par les toits de sa maison pour gagner l'ambassade de Colombie. Réfugié un temps à Bogota, il s'installe ensuite en France, où il effectue une partie de ses études, complétées à Madrid par un doctorat en droit afin de devenir avocat.