Humala, militaire populiste qui incarne le changement

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Candidat "improvisé" pour ses détracteurs, "homme providentiel" pour ses sympathisants, le lieutenant-colonel nationaliste Ollanta Humala, incarne pour les Péruviens les plus pauvres le changement et l'espoir d'une vie meilleure.
Pour haranguer les foules, ce fringuant militaire au ton autoritaire délaisse son uniforme pour un jean et un tee-shirt rouge vif. Avec son discours glissant vers le populisme, il a conquis l'électorat péruvien le plus humble, friand de visages neufs et déçu par le président modéré sortant Alejandro Toledo.
Son discours anti-système, émaillé de piques insolentes et sarcastiques, séduit les population des Andes et les migrants qui s'entassent dans les bidonvilles des grandes métropoles.
Cet officier à la retraite de 43 ans, "ni de droite ni de gauche mais d'en bas", était un inconnu il y a moins d'un an. Depuis, il n'a cessé de grimper, jusqu'à se hisser en tête au premier tour de la présidentielle avec 3O% des voix. En se portant candidat à la présidence, Ollanta Humala a changé de bord, passant de l'extrême droite à la gauche nationaliste. Il dit s'inspirer du général Juan Alvaro Velasco (1968-1975), ancien président "de facto" mais progressiste, et professe une profonde admiration pour Napoléon et surtout le président vénézuélien Hugo Chavez, bête noire des Etats-Unis.
Le jeune Ollanta, dont le prénom vient d'un général de l'empire inca, est issu d'une famille viscéralement de droite. Son père, Isaac, 73 ans, assure l'avoir préparé, comme ses sept enfants, à un destin présidentiel. Chez les Humala, le soir à table, on discutait politique après une journée au lycée franco-péruvien. Isaac et Elena leur enseignent la suprématie de la "race cuivrée" et les heures de gloire de la civilisation inca.
Admirateur de la France, de Napoléon et du général de Gaulle, Isaac pousse deux de ses fils, Antauro et Humala, vers la carrière des armes, un métier, dit-il, qui, au Pérou, peut aider à devenir président de la République. Sans vocation réelle au départ, Ollanta fait l'école militaire puis participe activement dans les années 1990 à la lutte contre la guérilla maoïste du Sentier Lumineux.
Le capitaine Humala dirige alors des commandos anti-subversions dans les montagnes de Madre Mia, au bord d'une forêt profonde au nord-est de Lima. C'est là qu'il est accusé, par des organisations des droits de l'Homme, d'avoir semé la terreur sous le surnom de "capitaine Carlos" tuant des opposants ou les faisant disparaître. La justice a été saisie, des témoins se sont présentés, mais le dossier d'Humala a disparu du ministère de la Défense.
En 2000, les deux frères officiers Ollanta et Antauro se soulèvent sans effusion de sang à Moquegua au sud du pays contre la "dictature" d'Alberto Fujimori (1990-2000). Ils sont emprisonnés. Mais Fujimori s'étant enfui du pays pour ne pas affronter la justice, les frères Humala sont amnistiés par le président intérimaire Valentin Paniagua. Ils sortent de prison en héros.
Réintégré à sa demande, Ollanta est envoyé comme attaché militaire adjoint à Paris, où il étudie avec sa femme et conseillère Nadine (29 ans), avant quelques mois à Séoul.
Quand le 1er janvier 2005, son frère Antauro s'empare d'un commissariat avec une centaine de réservistes, Ollanta hésite puis prend ses distances. Quatre policiers seront tués et Antauro arrêté.
Ollanta rentre au Pérou, il consulte, monte une équipe hétéroclite dont Gonzalo Garcia, un économiste de gauche, formé en France et au Pérou, qui est son mentor et candidat à la vice-présidence.
Humala se brouille avec sa famille qui, furieuse, présente son frère Ulysse comme candidat d'extrême droite à la présidentielle. C'est un fiasco et celui-ci ne recueillera que 0,2% des voix.
Le clan Humala gêne encore Ollanta par ses déclarations incendiaires notamment lorsqu'il propose de "fusiller les homosexuels" ou d'éliminer le président Toledo.