#Kony2012: La vidéo ultra-virale qui envahit le Web

MONDE L'association Invisible Children veut attirer l'attention planétaire sur le criminel de guerre ougandais Joseph Kony et fait de son arrestation une priorité...

Philippe Berry

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Le chef de guerre ougandais Joseph Kony, recherché par la Cour pénale internationale pour «crimes de guerre»
Le chef de guerre ougandais Joseph Kony, recherché par la Cour pénale internationale pour «crimes de guerre» — DR

#kony2012, #stopkony, uganda... A moins de lire régulièrement le Monde diplomatique, 99% des gens ignorent qui est Joseph Kony et pourquoi toute la twittersphere parle de lui. Avec sa vidéo virale, l'association américaine Invisible Children est en train de changer ça. En quelques jours, elle a déjà été vue plus de 11 millions de fois sur YouTube et 10 millions sur Vimeo. Et la mobilisation ne fait que commencer.

Le clip de 30 minutes est aussi accessible qu'efficace, une sorte de synthèse du «Yes We Can» d'Obama dopé à la puissance des réseaux sociaux post-Printemps arabe. Le cinéaste, Jason Russell, derrière le documentaire sur les enfants soldats de l'Ouganda Invisible Children (2006), qui a donné naissance à l'ONG du même nom, a deux objectifs: que le monde entier sache qui est Kony, un chef de guerre ougandais recherché par la Cour pénale internationale; et surtout, qu'il soit enfin arrêté et traduit en justice.

Joseph Kony et son Armée de résistance du Seigneur (LRA) sont accusés d'avoir violé ou tués des milliers de civils et d'avoir réduit en esclavage (soldat, prostitution) des dizaines de milliers d'enfants d'Afrique centrale. Agissant principalement en Ouganda au milieu des années 80, l'organisation se trouverait aujourd'hui quelque part entre la République centrafricaine, le Soudan du Sud et la RDC.

La puissance du Web

Invisible Children a réussi son coup. L'organisation a ciblé 20 personnalités et 12 leaders politiques pour relayer son message. «#kony2012, faites tourner la vidéo», a tweeté, mardi, Rihana, suivie par 14 millions d'internautes. «Cher Joseph Kony. Je vais contribuer à te rendre CELEBRE!!!! Nous t'arrêterons #stopKONY. Mes 6 millions de followers, RT maintenant!!! SVP!», a écrit le rappeur P.Diddy, mercredi.

Dans la journée, la vidéo a envahi les wall Facebook et les avatar «Stop Kony» commencent à fleurir. La page de l'organisation Invisible Children compte déjà plus d'1.5 million de supporteurs.

Déjà des succès concrets

Après plusieurs années de militantisme, Invisible Children a obtenu une victoire, en novembre dernier. Barack Obama a envoyé en Afrique 100 membres des forces spéciales et des conseillers pour aider à localiser Kony. Le film passe en revanche sous silence le fait que l'administration Bush avait, elle aussi, fourni une aide logistique.

L'ONG ne compte pas s'arrêter là. Elle appelle à une nuit de mobilisation, le 20 avril, lors de laquelle elle compte sur ses milliers de supporteurs pour couvrir des villes du monde entier de posters et de pancartes, afin de faire pression sur la communauté internationale. Pour, peut-être, enfin juger Kony à La Haye.

Saviez-vous qui est Joseph Kony? Estimez-vous que l'action d'Invisible Children est positive?

Une action critiquée

Au-delà de l'engouement émotionnel immédiat, plusieurs voix critiquent Invisible Children et son action. Si tout le monde s'accorde sur le fait que Joseph Kony serait mieux derrière des barreaux, Joshua Keating, sur le site Foreign Policy, dénonce «l'extrême simplification» de la situation. Il rappelle notamment que Kony et la LRA ne se trouvent plus en Ouganda depuis six ans. Ou encore que l'armée ougandaise a de nombreuses bavures sur les mains et qu'il faut être prudent avec tout soutien logistique ou financier.

Le journaliste ougandais Angelo Izama, lui, estime que le problème des enfants-soldats a culminé entre 1999 et 2004, et qu'actuellement, le plus urgent est de traiter des milliers d'enfants touchés par une maladie neurologique apparue pendant le conflit. Il s'inquiète également «des dangers de la culpabilité post-colonialiste de l'homme blanc».

Plusieurs experts, comme la journaliste militante Sienne Anstis, attirent également l'attention sur les finances d'Invisible Children. L'ONG, qui a refusé de se faire auditer par le Better Business Bureau, n'a alloué, en 2010, que 32% des 8 millions de dollars de dons à des actions directes sur le terrain.