Rencontre Netanyahou-Obama: «Le président américain a subi et retiré aucun bénéfice»

INTERVIEW Frédéric Encel, spécialiste du Proche-Orient et professeur agrégé à Sciences-Po, revient pour «20 Minutes» sur la visite du Premier ministre israélien à Washington...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

— 

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, et le président américain, Barack Obama, le 5 mars 2012, à Washington (Etats-Unis).
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, et le président américain, Barack Obama, le 5 mars 2012, à Washington (Etats-Unis). — J.REED / REUTERS

«Je rentre en Israël avec le sentiment que nous avons de vrais amis à Washington». C’est avec satisfaction que Benjamin Netanyahou a quitté les Etats-Unis mardi, au terme d’un séjour centré sur le nucléaire iranien. Frédéric Encel, spécialiste du Proche-Orient, professeur agrégé à Sciences-Po et auteur d’Atlas géopolitique d’Israël (Seuil, 2008), analyse pour 20 Minutes les conséquences de cette visite diplomatique.

Cette rencontre est-elle vraiment un succès pour Benjamin Netanyahou?
Oui, mais il est mitigé. D’abord, Benjamin Netanyahou est revenu avec des gestes et des mots très forts de Barack Obama. Même si la politique de soutien des Etats-Unis ne s’est pas démentie, c’est un réengagement moral. Le succès existe aussi en interne, Benjamin Netanyahou revient à la maison avec l’aura de celui qui n’a jamais cédé à Barack Obama. C’est très puissant. S’il y avait des élections demain en Israël, le Premier ministre israélien serait réélu. Mais le succès est mitigé parce qu’il n’est pas revenu avec le soutien d’une frappe contre l’Iran. C’est le paradoxe, les relations n’ont jamais été aussi bonnes entre les deux hommes, mais en même temps, ça ne résout rien. Le jour où la ligne rouge sera franchie, ça sera oui ou non. Barack Obama ne lui a pas donné de blanc-seing, la guerre est la dernière possibilité envisagée.

Benjamin Netanyahou a-t-il tout de même réussi à le convaincre?
Non, et cette visite n’était fondamentalement pas très utile, surtout pour Barack Obama qui a plutôt subi et retiré aucun bénéfice. Les Républicains jugent qu’il serait irresponsable de laisser tomber leurs alliés israéliens et le président américain ne peut pas se le permettre. Quand les lobbys pro-israéliens seront vent debout, sa position ne sera pas tenable s’il continue ainsi. Pour l’instant, il a de la marge, mais pas quand l’élection présidentielle se rapprochera.

Peut-on réellement craindre des frappes israéliennes sur l’Iran?
Cela peut parfaitement être concret, comme à Osirak (Irak) en 1981 ou le Libran en 1982, après avoir gesticulé de la même manière. En géopolitique, la démonstration de force vaut force. Et l’Iran a changé de posture ces derniers jours, utilisant des mots différents: «On discute», «Négocions». Ce n’était pas le cas auparavant. Cependant, on a raison de tenir ferme la barre. Quand on s’est fait rouler dans la farine pendant dix, on ne va pas sauter de joie. Que l’AIEA vienne visiter les installations iraniennes, c’est bien, mais pas suffisant. En amont, personne ne veut de la bombe iranienne, ni des frappes israéliennes. C’est la peste et le choléra. Il faudra surveiller notamment la réaction de la Russie et de la Chine qui ont adopté les derniers trains de sanctions. On a laissé les Russes tranquilles sur la Syrie, mais pas sur le nucléaire iranien.