Syrie: L'armée reprend le quartier rebelle de Baba Amro
CONFLIT Après deux jours de combats et des semaines de bombardements, et alors que l'incertitude plane toujours sur le sort de la journaliste française Edith Bouvier...
L'armée syrienne a pris le contrôle du quartier symbole de Baba Amro, bastion de la rebellion à Homs, dans le centre du pays, après deux jours de combats et des semaines de bombardements.
Le chef de l'Armée syrienne libre (ASL), le colonel Riad Assaad, a évoqué un retrait «tactique» de ses combattants à Baba Amro, ce jeudi «par souci pour les vies des civils restants» dans ce quartier assiégé et bombardé depuis près d'un mois, et sur lequel il neigeait.
Le Conseil national syrien (CNS), la principale coalition d'opposition, a appelé la communauté internationale à «intervenir immédiatement pour prévenir un éventuel massacre» après la prise de Baba Amro. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), une vaste opération de perquisitions et d'arrestations était en cours dans le quartier.
Au moins 38 morts jeudi
De son côté, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé à Damas que ses équipes se rendraient vendredi à Baba Amro avec celles du Croissant rouge arabe syrien (CRAS) «pour convoyer une aide humanitaire et évacuer les blessés». A Genève, le CICR a aussi affirmé avoir reçu «des indications positives» de Damas sur son initiative de trêve humanitaire.
Selon l'OSDH, les violences ont fait au moins 38 morts jeudi. A Homs, 17 civils ont été tués dans les combats aux abord de Baba Amro, et quatre autres par des tireurs embusqués dans d'autres quartiers. En outre, deux civils ont été tués dans les provinces de Hama, dans le centre et de Damas. Et huit soldats et sept déserteurs ont été tués dans des combats près du Golan.
Livraisons d'armes à la rébellion
A Qousseir, petite ville régulièrement bombardée au sud-ouest de Homs et où tout commençait à manquer (nourriture, carburant, médicaments...), le chef local de la révolte s'est montré pessimiste: «Nous attendons. Nous pensons que l'armée d'Assad viendra ici après en avoir fini avec Homs». Les combattants rebelles, essentiellement des déserteurs équipés d'armes légères et moyennes, peinent face à l'artillerie lourde des forces régulières.
Mais le Conseil national syrien (CNS) a annoncé jeudi qu'il allait organiser des livraisons d'armes à la rébellion à travers un nouveau bureau militaire. Le Qatar a plusieurs fois plaidé en ce sens et le Premier ministre, Hamed ben Jassem al-Thani, a affirmé jeudi que son pays était prêt à étudier «toutes les options» pour sauver le peuple syrien.
Edith Bouvier serait «dans un endroit protégé»
Face aux violences, qui ont fait plus de 7.500 morts depuis mars 2011, selon l'ONU et des militants, et à une crise humanitaire aiguë, le Conseil des droits de l'Homme a adopté une résolution appelant Damas à autoriser un «accès sans entrave» à l'aide humanitaire. Les autorités syriennes se sont dites prêtes à discuter d'une visite de la responsable des opérations humanitaires de l'ONU, Valerie Amos, qui n'avait pas pu se rendre à Damas ces derniers jours. La Russie a recommandé «avec insistance» à Damas de recevoir Mme Amos en signe de «bonne volonté».
Les autorités ont par ailleurs assuré que les soldats avaient commencé à distribuer de la nourriture et à évacuer les blessés à Baba Amro, et qu'ils étaient à la recherche des journalistes français bloqués, dont Edith Bouvier, blessée, le 22 février lors d'un bombardement. Selon le président du CNS, Burhan GhaliounGhalioun, elle se trouvait mercredi «dans un endroit protégé».
Le nouvel émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie, Kofi Annan, est par ailleurs attendu le 7 mars au siège de la Ligue au Caire puis à Damas mais à une date qui n'est pas encore connue, a indiqué jeudi le chef de l'organisation panarabe, Nabil al-Arabi.