Sénégal: Quand l'élève Macky Sall défie le maître Abdoulaye Wade

PORTRAIT Macky Sall, ancien protégé de Wade, a défié son ex-mentor lors de l’élection présidentielle sénégalaise, qu'il a remportée...

Nicolas Bégasse

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Macky Sall dans son domicile du centre de Dakar, au Sénégal, le 27 février 2012.
Macky Sall dans son domicile du centre de Dakar, au Sénégal, le 27 février 2012. — REUTERS/Youssef Boudlal

ARCHIVE 20 MINUTES - Portrait mis à jour le 26 mars 2012.

L'ex-Premier ministre Macky Sall est devenu dimanche le nouveau chef de l'Etat sénégalais, en battant au second tour de la présidentielle son rival Abdoulaye Wade qui a reconnu sa défaite avant même les résultats officiels d'un scrutin qui s'est déroulé pacifiquement. Le parcours de Macky Sall, c’est l’histoire de l’élève abandonné qui vient défier le maître.

Marié, trois enfants, maire de sa ville natale et président de son parti, cet ingénieur de formation est entré au PDS (Parti démocratique sénégalais, le parti de Wade), à la fin des années 80. C’est en 2000, quand il devient président de la République, qu’Abdoulaye Wade, de 35 ans son aîné, le prend sous son aile. Proche conseiller du nouveau chef d’Etat, Macky Sall entre au gouvernement en 2001. Il passe par l’Energie et l’Intérieur avant de devenir, en 2004, Premier ministre. Pour la présidentielle de 2007, il dirige même la campagne d’Abdoulaye Wade, réélu avec 56% des voix.

Meilleurs ennemis

C’est au lendemain de ce scrutin que l’entente entre les deux hommes s’effondre. En cause: Karim Wade, le fils du Président et conseiller personnel de son père. Devenu président de l’Assemblée nationale en 2007, Sall décide de le convoquer devant les députés sur sa gestion financière d’un organisme public… sans prévenir Abdoulaye Wade. Celui-ci annule aussitôt la convocation. La guerre est déclarée: le poste de numéro 2 du parti, occupé par Sall, est supprimé, et la Constitution changée pour que le mandat du président de l’Assemblée passe de cinq à un an.

Comme si cela ne suffisait pas, en novembre 2008, les députés votent carrément une résolution mettant fin aux fonctions de Sall à la tête de l’Assemblée nationale. Celui-ci annonce aussitôt son départ du PDS et crée, un mois plus tard, son propre parti, l’Alliance pour la République (APR). C’est à la tête de ce jeune parti qu’il est entré dans la campagne présidentielle. Mais, comme il l’indiquait en novembre dernier dans une interview à Jeune Afrique: «La valeur d’un parti n’est pas corrélable à son âge.»

Un homme «confiant» et «orgueilleux»

Dans une «analyse de la personnalité de Macky Sall» publiée en novembre dernier, le site seneweb.com mettait en avant cette confiance en soi, l’expliquant par son «habitude d’être suivi et consulté, rarement contredit dans son entourage direct». Le même article listait ses qualités: «Il a le souci du protocole et de la hiérarchie et a le sens de l’autorité. Qu’il commande ou qu’il exécute, ce qui ne change pas c’est son pragmatisme et sa lecture souvent très juste des situations, des décisions à prendre ou du comportement à adopter.»

Sans oublier d’évoquer certains des défauts de ce père de famille distingué en France du titre de grand officier de la Légion d’honneur: «Il a un amour propre qui va au-delà du raisonnable. En plus d’être orgueilleux, il a en lui l’esprit de domination et de contradiction, et il accepte difficilement les critiques.» Avant d’ajouter cette phrase, qui résume de belle manière son parcours depuis cinq ans: «Sa susceptibilité et son trop grand besoin d’indépendance font de lui un rebelle.»