Les Syriens en fuite continuent d'affluer dans le nord de la Jordanie

REPORTAGE A Al-Mafraq, les responsables associatifs estiment que le pire est à venir...

William Molinié
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Le centre islamique d'Al-Mafraq, en Jordanie, accueille chaque semaine des centaines de réfugiés syriens.
Le centre islamique d'Al-Mafraq, en Jordanie, accueille chaque semaine des centaines de réfugiés syriens. — Alexandre Gelebart / 20 Minutes

De nos envoyés spéciaux à la frontière syrienne

Une bouteille d’huile, du riz, un sachet de pois chiche. Quelques couvertures aussi, mais surtout une carte sim pour garder le contact avec la famille restée de l’autre côté de la frontière. C’est dans un faubourg d'Al-Mafraq (Jordanie), ville frontalière, que des centaines de réfugiés syriens se présentent chaque semaine depuis plusieurs mois devant les portes du centre islamique. Ils viennent s’y enregistrer avec leurs passeports, écouter des prières et des prêches d’imams politiquement engagés. En échange, ils reçoivent des paniers-repas et un peu d’argent, environ 100 euros par famille.

Bon nombre d’entre eux sont hébergés chez des amis ou de la famille. D’autres louent des appartements. Les Syriens peuplent désormais des quartiers entiers de la ville. Ahmed*, 32 ans, vient de traverser la frontière après avoir passé plusieurs semaines dans une prison tenue par des militaires fidèles à Bachar al-Assad. «Depuis le mois dernier, c’est devenu difficile de sortir de Syrie. Les militaires enrôlent les jeunes dans leur armée. Si vous refusez, ils vous tuent», assure-t-il. «Ce pays est devenu une prison à ciel ouvert. Ceux qui y restent sont condamnés. Ils n'ont pas le choix», ajoute Mohammad, un professeur de management à l’école d’administration jordanienne, volontaire dans ce centre de charité. 

Un camp de réfugiés prêt à accueillir mille familles

Les médias jordaniens estiment qu’environ 80.000 Syriens se seraient réfugiés dans le royaume hachémite depuis le début de la répression meurtrière, il y a onze mois. «Ils n’ont pas le statut de réfugié car il n’y a pas besoin de visa pour venir en Jordanie. L’Etat les reçoit en invités. On peut même, s’ils le souhaitent, donner des cours à leurs enfants dans nos écoles», explique le directeur du centre islamique, cheikh Mofead Al-Hafead.

Pour autant, la situation est critique. «Le gouvernement jordanien refuse de reconnaître qu’il y en a beaucoup dans le pays. Aujourd’hui, les associations non gouvernementales se substituent à l’Etat pour venir en aide à ces personnes. Mais on ne va pas pouvoir tenir le coup. Il va falloir ouvrir des camps de réfugiés», poursuit-il. 

La situation devrait se dégrader dans les semaines à venir

Justement, un terrain de plusieurs hectares a été définit à quelques kilomètres de la frontière par les autorités, prêt à supporter l’arrivée d’environ un millier de familles. «Il n’est pas encore question de l’ouvrir. C’est juste au cas où on en ait besoin», confirme-t-on au centre d’accueil de la presse étrangère à Amman, la capitale.

Les observateurs estiment que la situation devrait se dégrader dans les semaines à venir. «Ca sera même pire que lors de la guerre d’Irak. Plus la répression se durcit, plus on s’aperçoit que les Syriens affluent», souffle un habitant de la ville. Il n’est pas rare d’ailleurs que la police locale supervise les distributions d’argent aux Syriens dans le centre islamique. «Il n’y a jamais eu un seul problème», coupe un responsable. «La police veut éviter les débordements.» En Jordanie, l’accueil des réfugiés de la région représente une lourde charge. Entre 2003 et 2008, le royaume avait ouvert ses portes à 1,5 millions d’Irakiens.

*A la demande de l’intéressé, le prénom a été changé.