Global Intelligence Files/WikiLeaks: Beaucoup de bruit pour rien?

Philippe Berry

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WikiLeaks a débuté la publication des «Global Intelligence Files», ces emails internes de la société de renseignement privée Stratfor, le 27 février 2012.
WikiLeaks a débuté la publication des «Global Intelligence Files», ces emails internes de la société de renseignement privée Stratfor, le 27 février 2012. — DR

Julian Assange a promis des révélations faisant passer le scandale News of the World pour «un truc d'école maternelle». Mais lundi, la publication des 200 premiers emails internes de Stratfor, une firme privée de renseignements, n'a –pour l'instant– rien révélé de fracassant.

Souvent présenté comme une «CIA de l'ombre», Stratfor est un cabinet spécialisé dans les questions de sécurité. Si Assange n'a pas révélé l'identité de la source de WikiLeaks, le collectif Anonymous avait affirmé s'être introduit dans les serveurs mails de Stratfor, en décembre dernier.

 

Comme avec les câbles diplomatiques américains, WikiLeaks va publier «GI Files» (pour Global Intelligence Files) –cinq millions, au total– au compte-gouttes, en partenariat avec 24 organisations médiatiques dans le monde entier. Owni, qui a déjà collaboré avec WikiLeaks, est le partenaire français.

 

Peu d'informations confidentielles dans la première salve

Stratfor vend à ses clients la promesse d'un accès à des sources haut-placées (responsables politiques, diplomates, notamment). Mais dans les faits, la plupart des rapports semblent compilés à partir de données publiques enrichies par le commentaire d'analystes. Certains sont complètement à côté de la plaque, comme cette conversation ventant les qualités du républicain Tim Pawlenty pour la primaire républicaine (il fut l'un des premiers à jeter l'éponge).

 

«Les emails montrent comment des entreprises privées utilisent les services de Stratfor pour enquêter sur des individus», écrit encore WikiLeaks. De fait, un géant de la pétrochimie, Dow Chemical, a demandé un rapport sur les activistes altermondialistes des Yes Men. Coca Cola a, pour sa part, commandé une fiche sur les activités de PETA au Canada avant les jeux olympiques de Vancouver, craignant des manifestations contre les sponsors des JO.

 

WikiLeaks dénonce également la collusion entre Stratfor et des groupes de médias, comme Reuters, qui auraient eu recours à l'entreprise pour compiler des informations. WikiLeaks s'émeut, enfin, du versement d'un salaire de 1.200 dollars mensuels (900 euros) à une source. Rien de vraiment inhabituel –ni illégal– au pays des détectives privés.