Des réfugiés Syriens soignés en Jordanie

REPORTAGE Médecins sans Frontières a transformé un hôtel d'Amman en centre de rééducation...

William Molinié (texte) et Alexandre Gelebart (photos), à Amman (Jordanie)

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Zaher, réfugié syrien de Deraa, dans un hôtel d'Amman (Jordanie) transformé en centre de rééducation par Médecins sans frontières, le 26 février 2012.
Zaher, réfugié syrien de Deraa, dans un hôtel d'Amman (Jordanie) transformé en centre de rééducation par Médecins sans frontières, le 26 février 2012. — A.GELEBART / 20 MINUTES

De nos envoyés spéciaux en Jordanie

Zaher est fier de serrer les mains des visiteurs avec sa nouvelle prothèse. Mais rapidement, il l’enlève, laissant apparaître un moignon au-dessus du poignet droit. «C’est mieux de la garder pour l’apparence», souffle pudiquement ce réfugié syrien soigné dans un hôtel d’Amman (Jordanie) transformé en centre de rééducation par Médecins sans frontières (MSF). Comme lui, une centaine de Syriens d’Irakiens, de Yéménites ou de Palestiniens se croisent dans les couloirs de cet immeuble. Certains n’ont qu’une jambe, d’autres un seul bras. Des femmes et des enfants sont défigurés. Une tour de Babel aux allures de cour des miracles.

Deux fois plus de Syriens                                                                     

Ce programme de MSF, spécialisé sur les blessures maxillo-faciales, les séquelles orthopédiques et les grands brûlés, a soigné en six ans près de 2 000 victimes de guerre, dont une grande majorité d’Irakiens blessés dans les attentats. Mais depuis un an, le nombre de Syriens, visés par la répression de Bachar al-Assad, a été multiplié par deux. «On m’a amputé pour rien. J’ai pris une balle dans la main. Je suis allé à l’hôpital et quand je me suis réveillé, il m’en manquait une», raconte Zaher.

Traqués jusque dans les hôpitaux publics dans leur pays, les Syriens blessés agonisent chez eux ou sont opérés dans de mauvaises conditions.  «Quand ils arrivent ici, ils ont des complications, notamment des infections», explique le docteur Mohammed Saleh, psychologue. C’est le cas d’Hussam, 27 ans, qui est resté pendant quatorze jours avec deux balles, l’une logée dans la jambe, l’autre dans le fémur. Son nerf a été sectionné. «Je participais à une procession funéraire lorsqu’on a été la cible de tirs», témoigne-t-il.

«De l’autre côté, la mortalité est de 50% dans les hôpitaux clandestins»

Fayez, 30 ans, victime lui aussi d’un sniper de l’armée de Bachar al-Assad, a passé sept mois chez lui avant de se faire opérer dans un hôpital clandestin de Deraa, une ville dans le Sud de la Syrie. «Dès que je serai opérationnel, je retournerai me battre dans mon pays pour avoir la liberté», assure-t-il.

Selon les médias jordaniens, entre 78 000 et 88 000 Syriens ont traversé la frontière du royaume hachémite depuis onze mois. «Ceux qui viennent jusqu’ici peuvent marcher le long d’un chemin de chèvres pour traverser la frontière sans se faire tirer dessus. De l’autre côté, la mortalité est de 50% dans les hôpitaux clandestins», avance Antoine Foucher, chef mission MSF à Amman. Face au refus de Damas d’évacuer les blessés, les organisations humanitaires tentent de faire passer illégalement des médicaments et du matériel chirurgical. MSF nous a confirmé qu’elles y étaient parvenues.

Référendum

Alors que la répression ne faiblissait pas ce dimanche, à Homs notamment où les violences ont fait 30 morts, 14 millions de Syriens étaient appelés à voter une nouvelle constitution à l’occasion d’un référendum organisé par le régime de Damas. L’opposition et les militants qui souhaitent le départ de Bachar al-Assad ont appelé à boycotter le scrutin. Devant les images de télévision, les blessés syriens à Amman raillent le régime de Damas. «Je ne serais pas allé voter. De toute façon, mon nom doit déjà être dans l’urne», sourit l’un d’entre eux. «Quelque soit l’issue du vote, le scrutin est truqué par le régime», poursuit un autre.