Présidentielle au Sénégal: Le premier tour s'ouvre sur fond de tensions

ELECTION Plus de cinq millions de Sénégalais sont appelés aux urnes ce dimanche pour choisir parmi 14 candidats, dont le président sortant, Abdoulaye Wade...

Avec Reuters

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A l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal), les murs se sont transformés en panneaux d'affichage électoral.
A l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal), les murs se sont transformés en panneaux d'affichage électoral. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Le Sénégal a débuté ce dimanche à 9h le vote pour l'élection présidentielle la plus contestée de son histoire récente dans l'ombre des violences qui ont suivi la validation de la candidature du président sortant, Abdoulaye Wade, en quête d'un troisième mandat.

Quelque 5.1 millions d'électeurs sont appelés aux urnes pour choisir leur président parmi les 14 candidats qui briguent la magistrature suprême, dont deux anciens Premiers ministres, Macky Sall et Idrissa Seck.

Les opposants du président sortant affirment que sa candidature viole le principe constitutionnel limitant à deux le nombre de mandats présidentiels consécutifs. Wade estime que cette disposition ayant été introduite durant son premier mandat, elle ne rentre pas en ligne de compte.

«Une révolte des Sénégalais contre moi n'est pas pensable»

Dans une interview publiée dans le Journal du Dimanche, Abdoulaye Wade, âgé de 85 ans, se dit persuadé d'obtenir une «majorité écrasante» dès le premier tour du scrutin et fait part de son intention de former un gouvernement d'union nationale.

«Ma majorité est si écrasante que je pense être élu avec un fort pourcentage dès le premier tour», déclare-t-il avant d'écarter le risque de débordements de l'opposition. «Une révolte des Sénégalais contre moi n'est pas pensable!» Interrogé sur les critiques émises par l'opposition sur son âge, il répond : «C'est l'Afrique, ça. Je suis âgé, certes, mais j'ai la forme physique. Mon âge est devenu un avantage. Je suis le président et le père de la nation. C'est ce que les Européens n'arrivent pas à se mettre en tête.»

Des centaines de milliers de cartes électorales toujours pas distribuées

Face aux risques d'une nouvelle flambée de violences, diplomates et médiateurs ont multiplié les appels au calme et à la transparence électorale. «Nous suivons de près l'évolution de la situation au Sénégal et ce qui se passe la-bas nous inquiète», a déclaré le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon lors d'une visite en Zambie. «J'espère sincèrement que ces élections se dérouleront de manière pacifique et transparente pour que la volonté du peuple soit respectée.»

Selon le Mouvement du 23-Juin, qui regroupe des formations de l'opposition et des organisations de la société civile, le médiateur et ancien président nigérian Olusegun Obasanjo a proposé qu'Abdoulaye Wade reste deux ans au pouvoir, au lieu de sept, en cas de victoire à l'élection de dimanche.

La mission d'observation envoyée par l'Union européenne s'est pour sa part dite préoccupée par le retard pris dans la distribution de plusieurs centaines de milliers de cartes électorales, par le manque de transparence du processus et par la répression des opposants.

Six morts dans les manifestations depuis un mois

Au moins six personnes ont péri dans les heurts entre opposants et policiers depuis fin janvier et la décision de la Cour suprême d'autoriser Wade à se présenter.

Le Sénégal est le seul Etat d'Afrique occidentale, îles exceptées, à ne pas avoir subi de coup d'Etat depuis son indépendance, en 1960. Les précédents scrutins se sont déroulés dans le calme, et ces deux éléments ont contribué à faire du pays un exemple régional.

Wade, qui arrivé au pouvoir en 2000 après une longue carrière dans l'opposition, met en avant son bilan de grands chantiers d'infrastructures, notamment des routes et un aéroport. Il est en revanche critiqué pour ne pas avoir suffisamment accru le niveau de vie des Sénégalais, qui sont nombreux à subsister avec l'équivalent de quelques euros par jour.