Présidentielle au Sénégal: «Il n'y aura pas de bain de sang»

INTERVIEW A une semaine du premier tour de l'élection présidentielle au Sénégal, Salvatore Saguès, chercheur d'Amnesty International sur l'Afrique de l'Ouest, explique à «20 Minutes» pourquoi il est peu probable que le scrutin finisse dans un bain de sang...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Salvatore Saguès, expert Afrique de l'Ouest pour Amnesty International, à Paris, le 21 fevrier 2012.
Salvatore Saguès, expert Afrique de l'Ouest pour Amnesty International, à Paris, le 21 fevrier 2012. — Alexandre Gelebart / 20 Minutes

De nouveaux affrontements ont eu lieu le week-end dernier au Sénégal, à une semaine du premier tour de l’élection présidentielle du 26 février. Au moins six Sénégalais ont été tués depuis la validation de la candidature du président sortant Abdoulaye Wade par la Cour constitutionnelle, en janvier. Les violences vont-elles s’aggraver jusqu’au scrutin? Éléments de réponse avec Salvatore Saguès, chercheur d’Amnesty International sur l’Afrique de l’Ouest.

Les violences qui émaillent cette campagne sont-elles habituelles pour le Sénégal?

C’est la campagne la plus violente qu’ait connue le Sénégal depuis 1988, lorsque l’opposition au président sortant avait soupçonné des fraudes. A l’inverse, en 2000, la campagne et le scrutin avaient été salués comme une victoire de la démocratie, quand le président Diouf avait reconnu sa défaite. En 2007, la campagne et le scrutin se sont déroulés pacifiquement.

Quelles sont les spécificités de ces violences?

Généralement, la campagne est plutôt une période calme car les partis tentent d’amasser un maximum de voix et les violences électorales ont lieu après la proclamation des résultats. Le cas sénégalais est particulier car les violences ont lieu avant le scrutin.

De plus, les contestataires ne sont pas politisés: beaucoup de jeunes ont investi le champ politique avec la conviction que Wade n’a pas le droit de se représenter. ils considèrent qu’il a menti, et le trouvent aussi trop vieux, en décalage avec la moyenne d’âge, très jeune, du pays. Ils le jugent également responsable de la grave crise économique qui touche le pays. Il y a un grand ras-le-bol. L’un des mouvements de jeunes s’appelle d’ailleurs «Y en a marre». Ces jeunes ne veulent pas le pouvoir, mais défendre les droits de la société.