Syrie: La voix des opposants réfugiés se fait entendre au Caire

REPORTAGE Au Caire, les opposants syriens veulent faire pression sur la Ligue arabe...

Armelle Le Goff et Vincent Wartner, au Caire

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Ahmed Sayyed, réfugié au Caire.
Ahmed Sayyed, réfugié au Caire. — V. WARTNER / 20 MINUTES

De nos envoyés spéciaux au Caire

Pour être vus de tous et surtout de la Ligue arabe, les réfugiés syriens d'Egypte ont planté une tente devant le siège de l'organisation, au Caire. A l'intérieur du chapiteau, aux couleurs du drapeau syrien, résonne de la musique à la gloire de la résistance et de ses martyrs. Sur les murs, des photos retracent l'historique de la révolte contre le régime de Bachar al-Assad et témoignent des exactions commises.

Faire pression sur la Ligue arabe

«On est là pour faire pression sur la Ligue arabe, pour la faire réagir, explique Ahmed Sayyed, porte-parole du campement des réfugiés syriens indépendants. Nous, Syriens, espérions que les Etats arabes nous protégeraient, mais en dix mois de révolte, rien ne s'est pas passé et le peuple reste seul face au régime de Bachar al-Assad.»

Agé de 28 ans, Ahmed Sayyed a quitté la Syrie il y a cinq mois. Contraint et forcé. Originaire de Lattaquié, il y tenait un magasin d'accessoires de mode féminins. Mais dès les premiers jours de la contestation dans cette ville située sur la façade méditerranéenne du pays, il décide de faire de son échoppe un dispensaire clandestin pour les insurgés blessés. Là, ils ont l'assurance d'être soignés. Une indiscrétion d'un militaire lui apprend que ses activités sont connues et qu'il risque d'être arrêté. Il quitte la Syrie sur-le-champ et, moyennant trois mille dollars, rejoint Le Caire.

«On préférerait être tués avec des armes plus douces»

Cette trajectoire illustre la complexité du conflit syrien. L'insurrection, majoritairement sunnite, est sans doute soutenue par des groupes proches des Frères musulmans. De l'autre côté, les soutiens de Bachar al-Assad sont souvent issus des minorités: alaouite [comme la famille Assad], druze et chrétienne. Mais les clivages évoluent et, Ahmed Sayyed dit en être persuadé, ces divisions confessionnelles et partisanes ne présagent en rien d'un conflit futur. «Les souffrances endurées créent une profonde solidarité, qui sera le ciment de notre avenir, veut-il croire. A la différence de l'Egypte qui a réussi une révolution rapide, mais souffre aujourd'hui d'une transition difficile, nous, Syriens, souffrons aujourd'hui, mais espérons que cela nous servira à l'avenir.»

Pas facile d'être loin des siens. Le jeune homme confesse: «Là-bas, je n'ai plus rien, mon magasin a été mis à sac. Mais ici, je me sens coupable et égoïste de ne pas être au pays.» Ses proches restés sur place lui décrivent une vie de misère, sans eau, sans électricité et où la nourriture manque. «C'est une guerre terrible, décrit-il. On préférerait être tués avec des armes plus douces.» Isolés, les Syriens espèrent être entendus.