Crise grecque: «Les Allemands nous envahissent à nouveau, ils décident pour nous»

REPORTAGE L'Europe, et notamment l'Allemagne, ne sont pas en odeur de sainteté après le nouveau plan d'économies drastiques imposé au pays...

Lucie Romano, à Athènes

— 

Des Grecs attendent le bus, à Athènes, le 7 février 2012, après un mouvement de grève de 24 heures.
Des Grecs attendent le bus, à Athènes, le 7 février 2012, après un mouvement de grève de 24 heures. — D.MESSINIS/AP/SIPA

De notre envoyée spéciale en Grèce,

«Nous ne voulons pas sortir de l’Europe mais nous ne voulons pas de cette Europe!». George, 38 ans, travaille pour une organisation sociale qui vient en aide aux ouvriers depuis soixante ans. Lui et ses collègues manifestent presque tous les jours dans le centre d’Athènes pour éviter que l’institution ne soit fermée par l’Etat. Pour lui, «l’Europe a bradé la Grèce, elle va peut-être réinjecter de l’argent dans les banques, et après? Ce n’est pas une Europe de business qu’il faut!» Alexandros, costume bleu et cravate rouge, a la même conviction. Lui ne manifeste pas mais a une opinion bien arrêtée: «L’Europe ne nous aide pas, au contraire, elle nous enfonce!» Cet architecte naval n’envisage pas pour autant une sortie de la zone euro: «Ce sera pire si on revient à la drachme. Non, il faut à tout prix que nous restions à l’intérieur». Un avis partagé par 70% des Grecs, selon un récent sondage.

«Les Allemands nous envahissent à nouveau»

Dans certaines couches de la société pourtant, l’Europe n’est plus seulement critiquée, elle est honnie. Nik vend des babioles sur le marché, un commerce semi-légal qui lui rapporte 1.000 euros par mois. Sa formation d’ingénieur civil n’a débouché sur aucun emploi. Il est amer: «Tu veux que je te dise? La Grèce, c’est une colonie et l’Europe une dynastie au service de l’Allemagne. Nous sommes ses esclaves.»  «C’est comme la seconde guerre mondiale, les Allemands nous envahissent à nouveau, on n’a plus de souveraineté, ils décident pour nous», enchérit un groupe d’amis.

«Pendant des années, les Grecs se sont gavés sur le dos de l'Europe»

Les Grecs ne sont donc pas vraiment pour, ni vraiment contre l’Europe… Pour Vassilis, un artiste peintre de 29 ans, «ils ne savent tout simplement plus où ils en sont. Ils peuvent manifester pour exprimer leur rejet des mesures, tout en étant au fond soulagés que les députés aient signé le mémorandum parce qu’ils ont peur! Ça fait partie de la mentalité grecque.» Et c’est ce qui déplait tant à Christina, propriétaire de deux restaurants. «Pendant des années, les Grecs se sont gavés sur le dos de l’Europe» explique-t-elle. «C’est normal qu’ils paient maintenant. Il faut que les gens apprennent à se débrouiller tous seuls. Cette crise offre l’opportunité de remettre les compteurs à zéro.»

Lundi 20 février, l’Eurogroupe devrait débloquer 130 milliards d’euros pour permettre à la Grèce de ne pas être en défaut de paiement.