Quelle est l'histoire des chrétiens d'Orient?

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Un an après la disparition de Jean Paul II, le dégel se fait attendre entre catholiques et orthodoxes en Russie, en raison du contentieux ukrainien et des accusations de prosélytisme à l'encontre des prêtres envoyés par Rome.
Un an après la disparition de Jean Paul II, le dégel se fait attendre entre catholiques et orthodoxes en Russie, en raison du contentieux ukrainien et des accusations de prosélytisme à l'encontre des prêtres envoyés par Rome. — AFP/Pool
Lors de la messe solennelle du 150ème anniversaire de l’œuvre d’Orient le 14 mai 2006, monseigneur Patrick Jacquin, recteur de la cathédrale Notre-Dame de Paris, a fait une présentation historique des Eglises d’Orient. 20minutes.fr vous propose son texte pour comprendre l’origine des schismes successifs au sein de l’Eglise.

En bref, deux dates marquent l’Orient chrétien. 431, le concile d’Ephèse et 451, le concile de Chalcédoine. Les décisions de ces conciles ont suscité des divisions qui tiennent à des raisons dogmatiques mais aussi à des raisons politiques.

Lors de la paix constantinienne en 313, l’Eglise était constituée en Patriarcats dont le nombre et la préséance furent arrêtés au concile de Chalcédoine. On remarque que quatre Eglises patriarcales se situent en Orient pour une, latine, qui a la préséance, en Occident. Chaque Eglise est représentative d’une Tradition, c’est-à-dire d’une manière d’exprimer la foi.

Après Jérusalem, la première Eglise fondée par Pierre est celle d’Antioche où les croyants reçurent le nom de chrétien. Pratiquement toute la Syrie était chrétienne lors que l’invasion arabo-musulmane. Des tensions existaient. D’abord, Byzance exerçait une certaine pression pour helléniser le pays. Une partie de l’Eglise s’hellénisa donc et prit le nom de melkite. Le concile d’Ephèse, d’autre part, divisa profondément l’Eglise d’Antioche dont une partie suivit Nestorius, patriarche de Constantinople déposé mais prêtre d’Antioche. Les Nestoriens, persécutés par l’Empereur, se développèrent en Mésopotamie et en Perse. Ils s’étendirent jusqu’en Inde et même en Chine. Aujourd’hui, cette Eglise est revenue à la communion avec l’Eglise romaine dans sa très grande majorité et s’appelle l’Eglise chaldéenne. Enfin, le concile de Chalcédoine en condamnant le monophysisme, [NDLR : doctrine selon laquelle le Christ n’est que d’une nature soit physique soit divine] est l’occasion d’une nouvelle rupture. L’Eglise monophysite jacobite existe à partir de cette époque mais au XVI° siècle, un rapprochement s’opère avec Rome qui aboutira à la fondation de l’Eglise syriaque catholique. Toujours à l’époque du concile de Chalcédoine, l’Eglise arménienne se sépare aussi. Enfin, les Maronites se réclament aussi du siège d’Antioche avec la fierté d’être toujours restés en communion avec Rome.

Par ce qui précède, on voit que les ruptures furent nombreuses et ne datent pas de 1054, comme on le croit ordinairement. Cette date est celle de ce qu’on a appelé le schisme d’Orient et qui est en réalité un avatar des relations difficiles entre Rome et l’Eglise byzantine. On chercha de nouveau à faire l’unité malgré le sac de Byzance par les croisés en 1204. La grande catastrophe pour l’Eglise byzantine a été la chute de l’Empire par la prise de Constantinople par les Turcs en 1453. L’affaiblissement du Siège patriarcal de Constantinople est certain. L’Eglise du monde slave suivit la montée en puissance de la Russie. Celle-ci chercha à étendre son influence vers l’Ouest mais rencontra les Polonais, les Lithuaniens, les Autrichiens. Dans ce contexte politique, avec l’influence du concile de Trente qui contenait la poussée protestante, apparurent des Eglises unies à Rome qui reçurent le surnom d’uniates. Ainsi en Ukraine, en Transylvanie mais aussi en Hongrie, en Slovaquie et dans ce qui deviendra la Biélorussie. Ces Eglises sont appelées gréco-catholiques parfois érigées en Archevêchés majeurs pour marquer leur autonomie.

La situation de toutes ces Eglises varie selon qu’on se trouve en Afrique, au Proche-Orient, en Inde ou en Europe centrale et orientale. Certaines ont été rayées de la carte lors de l’époque soviétique et ressuscitent littéralement aujourd’hui. Les mutations du monde arabe mettent en position délicate les Eglises. La communion de toute l’Eglise est plus nécessaire que jamais pour tenir bon dans l’épreuve. La question œcuménique ne concerne pas seulement les Eglises orientales si divisées mais aussi notre Eglise dans ses relations avec l’Orient.