Mgr Michel Sabbah : «Il faut cesser le boycott du Hamas»

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Interview de Mgr Michel Sabbah, Patriarche latin de Jérusalem

Redoutez-vous un exode des chrétiens du Proche-Orient depuis la victoire du Hamas aux législatives en janvier ?

Non. L'exode est lié à l'instabilité politique. Il a commencé lors de la deuxième intifada. La construction du mur a par exemple encerclé une vingtaine de familles, qui sont parties ou songent à le faire car leurs maisons sont devenues inhabitables. Puis l'exode a diminué avec le retour de la stabilité. Mais le Hamas n'accentue, ni ne diminue ce mouvement.

Redoutez-vous une islamisation de la société ?

Pas encore. Pas pour aujourd'hui, pas pour demain, mais peut-être pour après-demain, si le mouvement islamique religieux Hamas perdure. Pour l'instant, c'est un parti politique qui a des confrontations politiques à faire. Avec Israël, avec l'Autorité palestinienne et avec la communauté internationale. Le Hamas n'a pas intérêt à avoir une confrontation religieuse entre musulmans et chrétiens.

Vous avez déclaré ne pas considérer le Hamas comme un mouvement terroriste...

En effet. Le Hamas est un organe de résistance palestinienne contre l'occupation militaire israélienne. Il a eu recours à des moyens terroristes, ce que je condamne. Mais sa résistance contre l'occupation, c'est le droit de tout peuple à réclamer sa liberté. Israël, avec toute son armée, n'a pas réussi à assurer sa sécurité. Il ne l'obtiendra qu'en négociant avec le Hamas, en le considérant non plus comme un simple parti politique, mais comme le peuple palestinien tout entier. Idem pour la communauté internationale. Elle doit être cohérente et cesser le boycott du Hamas, arrivé au pouvoir par des élections dont elle a fixé les règles.

Vous discutez avec le Hamas. Que vous dites-vous ?

Ce sont des rencontres informelles. Nous leur disons qu'il faut travailler avec le peuple, suivre la « feuille de route »... Ils sont d'accord. Mais nous n'avons pas de discussion politique.

Le Hamas peut-il, selon vous, infléchir ses positions et reconnaître Israël ?

La reconnaissance d'Israël est une formalité requise inutilement. A quoi bon ? Yasser Arafat l'a fait, il n'a rien obtenu. Mahmoud Abbas l'a fait, il n'a rien obtenu. Cette reconnaissance doit être la fin du processus, pas le début.

Le Hamas est-il lui-même prêt à négocier avec Israël ?

Je n'en sais rien, ce n'est pas mon problème.

Etes-vous satisfait de la décision de l'Europe de reverser l'aide aux Palestiniens sans transiter par le Hamas ?

Ce qui compte, c'est que le boycott cesse et que les Palestiniens soient aidés.

Les Palestiniens regrettent-ils leur choix électoral ?

Non, personne n'en parle.

Le mouvement de pèlerinage est-il croissant à Jérusalem ?

Oui, depuis trois ans, grâce à une période de stabilité et aux appels des Eglises. Il est utile pour tous, car les pèlerins sont porteurs de messages de paix.

Les chrétiens d'Orient sont-ils menacés par la montée de l'islamisme dans le monde ?

On a toujours eu une vie difficile. La montée de l'islamisme est aussi dangereuse pour les chrétiens que pour les musulmans. C'est une révolution sociale plus que religieuse : ce sont des groupes qui tentent d'imposer leurs vues sur la société. A chacun d'en porter la responsabilité.

Recueilli par Faustine Vincent