Sénégal: Une première manifestation de campagne symbolique

REPORTAGE Le premier «mega-meeting» de l'opposition a finalement peu mobilisé les Sénégalais aux prises avec un quotidien difficile...

Armelle Le Goff, envoyée spécial au Sénégal

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Le 05 fevrier 2012. Plusieurs milliers de personnes se sont retrouvees a la manifestation du mouvement du 23 Juin - M23 - place de l'Obelisque a Dakar . Le M23 exige le retrait de la candidature d'Abdoulaye Wade qu'il juge anticonstitutionnelle. 
Le 05 fevrier 2012. Plusieurs milliers de personnes se sont retrouvees a la manifestation du mouvement du 23 Juin - M23 - place de l'Obelisque a Dakar . Le M23 exige le retrait de la candidature d'Abdoulaye Wade qu'il juge anticonstitutionnelle.  — © VINCENT WARTNER / 20 MINUTES

De notre envoyée spéciale à Dakar

«Le vieux est mort, il faut l’enterrer», crachent les haut-parleurs des partis politiques réunis hier place de l’Obélisque, à Dakar, pour une manifestation censée marquer le lancement officiel de la campagne présidentielle, d’ici au premier tour, le 26 février. Drôle de campagne. D’un côté le Président sortant, Abdoulaye Wade, surnommé «le vieux», qui brigue un troisième mandat en dépit de la Constitution. De l’autre, les treize candidats et l’artiste international Youssou Ndour, réunis au sein du M23 [mouvement du 23 juin] dont la position est rappelée par une immense banderole «Pas d’élection présidentielle au Sénégal avec Abdoulaye Wade».

Plus de 5000 personnes place de l’Obélisque

Le Sénégal est en colère. Mais il y a ceux qui ont le temps de le crier, et ceux qui n’ont même pas le temps de lever la tête. Fatigué de sa vie de galère, le petit peuple de Dakar n’avait pas fait le déplacement hier. Place de l’Obélisque, il y avait surtout des militants, venus avec slogans et pancartes. «Abdoulaye Wade, le mange-morts national», dénonce celle de Cheikh Backé, étudiant en Histoire. «Abdoulaye Wade, le vampire des étudiants», renchérit celle de son camarade, Ibrahim Gome. Autour d’eux, quelque 5.000 personnes acquiescent tranquillement lorsque les sonos lancent le rap du mouvement «Y’en a marre», «Abdoulaye, faut pas forcer!»

Des Sénégalais occupés à assurer leur survie

Tous ici veulent son départ. Tout juste descendus de leurs 4x4, lunettes de soleil, costumes trois-pièces, les candidats à la magistrature suprême se succèdent à la tribune pour mesurer leurs argumentaires anti-Wade. Dans l’assistance, le journaliste Abdelatif Coulibaly, premier à avoir dénoncé les dérives affairistes des proches d’Abdoulaye Wade, considère sobrement qu’«il est plus que temps que les choses bougent dans ce pays». Bougeront-elles? Hier, le «mega-meeting» a peu mobilisé, au-delà des militants des différents candidats. «Les Sénégalais sont trop occupés à assurer leur survie», reconnaît l’opposant Malick Noël Seck. «J’aurais bien voté, mais j’ai perdu ma carte», confie d’ailleurs ce chauffeur de taxi, qui partage sa voiture avec un collègue. A l’un les journées, l’autre les nuits. «Ma politique à moi, c’est de ramener de l’argent tous les jours, à la maison», confie-t-il. Hier, l’opposition sénégalaise a réussi le symbole, pas la mobilisation.