Le Sénégal entre dans une campagne d'incertitudes

SENEGAL La campagne démarre sous haute tension. Samedi, les candidats à la présidentielle, membres de la plateforme M23, ont annoncé leur intention de faire campagne ensemble pour un scrutin sans Abdoulaye Wade, candidat à sa réélection…

Armelle Le Goff, envoyée spéciale au Sénégal

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Des opposants à Abdoulaye Wade manifestent dans les rues de Dakar, au Sénégal, le 31 janvier 2012.
Des opposants à Abdoulaye Wade manifestent dans les rues de Dakar, au Sénégal, le 31 janvier 2012. — Tanya Bindra/AP/SIPA

De notre envoyée spéciale à Dakar

Solidaires contre Abdoulaye Wade. Alors que la campagne présidentielle démarre officiellement ce dimanche, huit candidats à la présidentielle et l’artiste Youssou N'Dour se sont engagés samedi à faire campagne ensemble jusqu’au scrutin du 26 février. Mais pour eux, ce premier tour doit se tenir sans Abdoulaye Wade. «Nous n’avons pas envisagé hier, nous n’envisageons ni aujourd’hui, ni demain, la tenue d’un scrutin présidentiel avec Abdoulaye Wade comme candidat», proclame la déclaration des candidats. Tous sont membres de la coalition M23, du nom des premières manifestations qui se sont tenues en opposition au pouvoir, le 23 juin 2011.

Appels à la population

Mais comment faire pour invalider la candidature d’un président sortant? Les opposants en appellent au peuple sénégalais: «Je demande solennellement à la population et aux jeunes de se mobiliser: prenez vos responsabilités!», a lancé le chanteur Youssou N'Dour dont la candidature à la présidentielle a été invalidée par le Conseil constitutionnel. Le Sénégal, épargné jusqu’à présent par les soubresauts politiques du continent, entre donc dans une zone dangereuse. «C’est une campagne d’incertitudes et de peurs qui commence», considère même le journaliste Ndiaga Ndiaye. «On vit en démocratie, mais tout reste possible pour intimider des opposants qui deviendraient trop gênants», souligne aussi Mariama, journaliste.

Entre le peuple et son Président, la rupture semble chaque jour un peu plus avancée. «Le cas Abdoulaye Wade épouse […] la tragédie du président ivoirien, Laurent Gbagbo», affirme Hamath Kane, dans un éditorial au vitriol paru dans Le Quotidien. Et nombreux sont ceux qui jour après jour lui enjoignent de retirer sa candidature. «S’il renonce, nous pourrons faire de [lui] notre Nelson Mandela!», promet la candidate à la présidentielle Amsatou Sow Sidibé.

Le monument de la discorde

«Le système est malade», dénonce Lamine Diène, qui cite l’Education et la Santé comme des secteurs sous-dotés et en souffrance. Professeur d’Anglais, il considère que le quotidien difficile des Sénégalais pèse beaucoup dans la balance de leurs mécontentements vis-à-vis d’Abdoulaye Wade. Symbole des investissements dispendieux du Président, le monument de la Renaissance africaine est fréquemment rappelé à la liste de ses erreurs. Située sur la commune de Ouakam, la statue au style soviétique, aurait coûté entre 9 et 15 milliards de francs CFA (15 à 23 millions d'euros environ) «quand des Sénégalais n’ont même pas d’eau potable», fulmine Youssou N'Dour.

>> Lire également l'interview de Youssou N'Dour par notre envoyée spéciale

Attention aux dérapages, s’inquiètent néanmoins les partisans de l’actuel Président. «Le Sénégal est en paix et c’est le plus important. Personne n’a intérêt à ce que le pays bascule, prévient le professeur Ibrahima Ndoye. Aujourd’hui, personne ne peut voler les élections, il faut faire confiance aux urnes ». Personne ne peut voler les élections, mais personne ne pourra empêcher le soupçon… Au Sénégal, les lendemains du premier tour, le 26 février prochain, pourraient être difficiles.