Procès Douch: «La souffrance des victimes a été prise en compte»

CAMBODGE Philippe Canonne, avocat des parties civiles pour le compte d'Avocats sans frontières, réagit pour «20 Minutes» à l'annonce de la condamnation à la prison à perpétuité pour l'ancien khmer rouge...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

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L'ancien khmer rouge, Kaing Guek Eav, alias Douch, lors de son procès à Phnom Penh (Cambodge), le 3 février 2012.
L'ancien khmer rouge, Kaing Guek Eav, alias Douch, lors de son procès à Phnom Penh (Cambodge), le 3 février 2012. — HANDOUT / REUTERS

L'ancien khmer rouge Kaing Guek Eav, alias Douch, qui dirigeait la prison de Tuol Sleng (S-21), a été condamné ce vendredi en appel à une peine de prison à perpétuité par la Cour suprême du Cambodge. Une décision saluée par Philippe Canonne, avocat des parties civiles pour le compte d’Avocats sans frontières (ASF), interrogé par 20 Minutes. L’association, présente au Cambodge depuis 2005, participe à la formation d’avocats locaux et ses membres défendent un peu plus de 1.100 victimes dans les procès d’anciens khmers rouges.

Quel est votre sentiment après cette condamnation à perpétuité?
Pour les victimes, les parties civiles, c’est très important et satisfaisant parce qu’on a été tout de même très inquiets. Les plaidoiries ont eu lieu en mars dernier, le délibéré en juillet et le temps a été très long avant cette décision. La réaction immédiate des parties civiles ce vendredi matin a donc été une grande satisfaction.

Vous ne vous attendiez pas forcément à cette décision?
En première instance, Douch avait été condamné à 35 ans de prison. Sur l’appel, le parquet avait demandé une aggravation, mais du Cambodge, toutes les rumeurs sortent. Il n’était pas certain qu’une peine soit prononcée, il y a eu beaucoup de désinformation et c’était inquiétant. Finalement, cette décision est claire et courageuse eu égard au contexte et à la pression qui existe encore dans le pays. Ce n’est pas une révélation non plus, mais plutôt une confirmation du recul qui a été pris. Nous n’avons pas encore l’arrêt en français, mais dans ce qu’on a déjà pu voir, il y a de belles phrases telles que celle qui indique qu’il ne serait pas normal que, compte tenu des crimes commis, Douch ne subisse une peine forte. La souffrance des victimes a été prise en compte.  

Pensez-vous que le résultat aurait été le même sans l’appui d’avocats internationaux?
Le regard de la communauté internationale sur ce procès a compté et a été très efficace, c’est une réalité. Mais il fallait ce tandem avec les avocats cambodgiens qui sont de jeunes confrères de 28-30 ans. Ils ont eu un grand courage et ont été très présents. On s’est réparti le travail. Nous nous occupions de la partie juridique tandis qu’ils géraient la partie réparation.

Etes-vous présents dans les autres procès de dirigeants khmers?
A titre personnel, je n’y suis pas investi, mais d’autres confrères d’ASF ont pris le relais. Désormais, il faut que le procès 002 (Douch était le 001, le 002, en cours, concerne quatre dirigeants du régime des khmers rouges, ndr) aille au bout dans un délai raisonnable, avant que les coupables n’emportent leurs secrets dans leur tombe, et que ça s’arrête là. Il y a des amorces de procès 003 et 004, mais je n’adhère pas au fait d’aller gratter de plus en plus bas. C’est prendre le risque de provoquer des troubles dans le pays.

Que retiendrez-vous de cette expérience dans un procès d’une telle ampleur?
C’était la première fois dans un procès international que des victimes devenaient partie prenante en tant que parties civiles. La procédure était un peu nouvelle et on nous a peu tolérés au début. On a donc mené un vrai combat pour être présents, pour montrer qu’on ne lâche pas. Puis il y a des liens qui se tissent entre les victimes et nous. Ce sont des gens dont je n’oublierai pas le regard et l’émotion après nos plaidoiries. Ce vendredi matin, j’étais très content d’être réveillé par cette nouvelle. Pour nous, cela a été une épreuve difficile, mais les victimes de Douch ont réussi à en sortir avec la victoire.