Présidentielle américaine: Une défaite syndicale qui pourrait faire mal aux démocrates

ÉTATS-UNIS ercredi a été signée une loi limitant le financement des syndicats de l'Etat américain de l'Indiana. Une victoire républicaine notable en cette année 2012...

Bertrand de Volontat

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Les syndicats de l'Etat d'Indiana mécontents de la loi «Right-to-work», brandissent des pancartes «Stop the war on workers»
Les syndicats de l'Etat d'Indiana mécontents de la loi «Right-to-work», brandissent des pancartes «Stop the war on workers» — Michael Conroy/AP/SIPA

A première vue, la loi dite Right to Work, votée jeudi dans l’Etat d’Indiana, a tout d’une goutte d’eau dans l’océan. Une décision locale, sans conséquences au-delà des frontières de l’Etat. Et pourtant, elle pourrait bien faire des vagues en cette année présidentielle.

Jusqu’alors et comme dans la plupart des Etats, si une majorité d’employés choisissait de se faire représenter par un syndicat, tous devaient cotiser. Avec la loi Right to Work, c’en est fini. Désormais, les salariés de l’Etat de l’Indiana sont libérés de leurs cotisations obligatoires au syndicat de leur entreprise. Une petite révolution, qui signe en quelque sorte la fin de la tyrannie de la majorité, comme aurait pu l’analyser Alexis de Tocqueville, l’auteur du livre De la démocratie en Amérique*. L’Indiana devient ainsi le 23ème Etat américain à adopter une loi de ce type, mais surtout le premier de la Rust Belt (la ceinture de rouille), la région industrielle historique des Etats-Unis.

Une loi pour relancer l’initiative privée?

Les Républicains de l’Indiana ne sont pas les seuls à se battre contre ces cotisations qui opposent mouvement syndical et Parti démocrate aux Républicains. Auparavant, l’Ohio, le Montana, le Minnesota et le New Hampshire s’y sont cassé les dents. A noter qu’en Indiana, le taux de syndicalisation avait augmenté de 12,2% en 2010 à 12,4% l'an dernier, alors qu’il a diminué aux Etats-Unis en 2011, pour se fixer à 11,8%.

Cette loi, votée à 28 voix contre 22 au Sénat d’Indianapolis (la capitale de l’Etat), fait la part belle à l’investissement privé et aux organisations patronales. Ces dernières affirment que cela peut relancer cet Etat du Nord, à l’image des Etats du Sud, où la main d’œuvre non syndiquée a attiré les firmes étrangères telles que Toyota, Daimler ou encore Nissan. Les syndicats, qui ne l’entendent pas de cette oreille, ont quant à eux vivement protesté par centaines devant le capitole. 

Ces cotisations prélevées automatiquement peuvent atteindre plusieurs centaines de dollars par mois et donnent le monopole de la négociation à son syndicat.

Le Midwest en pleine mutation

Si la décision de l’Etat d’Indiana pourrait prendre un tour politique, c’est aussi que ces cotisations obligatoires, à en croire les Républicains, finançaient directement les Démocrates. La loi Right to Work aurait donc pour effet de les priver d’une source de revenus, en pleine pré-campagne présidentielle aux Etats-Unis (elles auront lieu en novembre prochain).

Le gouverneur républicain de l’Indiana, Mitch Daniels, qui a promulgué la loi dans la foulée de son adoption, imite ainsi ici son homologue du Wisconsin, Scott Walker, qui l’an dernier a limité le droit des syndicats de fonctionnaires à négocier les conventions collectives. Le taux de syndicalisation du Wisconsin, ancien bastion syndical outre-Atlantique, est ainsi tombé de 15,1% en 2010 à 14,1% en 2011. En perte de vitesse depuis trois décennies et le déclin industriel, le Midwest est en tout cas à un nouveau tournant économique.

Rendez-vous désormais au vote en Indiana pour l'élection présidentielle dans quelques mois afin de voir qui des républicains ou des démocrates auront profité de cette décision.

 *Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, t.1, Paris, Flammarion, 1981 à la p.230. L'auteur parle aussi de despotisme de la majorité.