Egypte: Trois nouveaux morts dans des manifestations

MONDE Les mouvements de protestation se sont répandus dans tout le pays après le drame de Port-Saïd mercredi soir...

C.C. avec Reuters

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Un manifestant tient un drapeau égyptien lors d'émeutes au Caire (Egypte), le 2 février 2012.
Un manifestant tient un drapeau égyptien lors d'émeutes au Caire (Egypte), le 2 février 2012. — K.HAMRA / AP / SIPA

Deux manifestants au moins ont été tués par balles dans la ville égyptienne de Suez, où la police a tiré à balles réelles pour disperser des contestataires indignés par le drame de Port-Saïd, ont indiqué ce vendredi une source médicale et  des témoins.

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«Nous avons admis les corps de deux manifestants tués par balles», a déclaré un médecin de la morgue. Selon un témoin, des manifestants indignés par le drame de Port-Saïd ont tenté de prendre de force le commissariat de police de la ville de Suez. «La police tire à balles réelles», a-t-il ajouté. Au Caire, plusieurs milliers de manifestants égyptiens bloquent depuis jeudi les abords du ministère de l'Intérieur. Une personne, blessée par les plombs d'une cartouche de fusil, est décédée.

74 morts et un millier de blessés dans le drame de Port-Saïd

Les violences de mercredi lors d'un match de football entre le club d'Al Masry et le club cairote d'Al Ahli ont fait 74 morts et un millier de blessés, victimes pour la plupart des mouvements de panique dans les gradins du stade de Port-Saïd après l'envahissement du terrain.

L'incapacité des forces de l'ordre à assurer la sécurité du match a déclenché une nouvelle flambée de contestation en Egypte, où des voix s'élèvent pour dénoncer l'incurie des militaires du Conseil suprême des forces armées (CSFA), au pouvoir depuis la chute d'Hosni Moubarak le 11 février 2011 et dirigé par le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, qui fut le ministre de la Défense de l'ex-raïs. D'autres parlent de manipulation et mettent en garde contre le risque d'une contre-révolution que mèneraient les partisans de l'ancien régime.

400 blessés dans les incidents de jeudi au Caire

Selon le ministère de la Santé, les incidents qui ont éclaté tard jeudi ont fait 400 blessés, dont un grand nombre de personnes intoxiquées par les gaz lacrymogènes utilisées par la police pour disperser les manifestants. De nouveau, les rues proches de la place Tahrir qui avaient été le théâtre de violences meurtrières il y a deux mois sont devenues le lieu d'affrontements entre policiers et manifestants qui voient dans le ministère de l'Intérieur un vestige intact de l'ancien régime. Plusieurs centaines de personnes ont à nouveau rejoint la place ce vendredi et  des groupes de jeunes révolutionnaires ont appelé à un week-end de manifestations baptisées «Vendredi de la colère».

La veille déjà, Le Caire avait renoué avec la tension à l'annonce du drame de Port-Saïd. Les manifestants qui ont défilé jeudi dans la capitale, dont de nombreux supporters de football organisés en groupes de fans, tiennent le pouvoir militaire pour responsable du bilan de Port-Saïd.

«Les crimes commis contre les forces révolutionnaires ne stopperont pas la révolution»

«Cette fois, nous ne partirons pas», a prévenu Sami Adel, un jeune homme de 23 ans membre des «Ultras», organisation de supporters de football rompue aux confrontations violentes avec la police et qui a joué un rôle déterminant dans la défense de la place Tahrir lors des journées révolutionnaires de l'hiver dernier. «Les crimes commis contre les forces révolutionnaires ne stopperont pas la révolution et n'effraieront pas les révolutionnaires», proclame un tract imprimé au nom des «Ultras».

Le ministre de l'Intérieur, Mohamed Ibrahim, a déclaré pour sa part que les événements avaient été déclenchés par des incidents entre supporters des deux clubs. «Les événements ont débuté par des provocations entre les supporters d'Ahli et de Masri qui se sont poursuivies par des insultes et ont abouti à ces titres événements», a-t-il dit à la chaîne de télévision égyptien CBC.

«Les événements en cours poussent dans la direction d'une accélération du transfert du pouvoir aux civils»

Mais lors d'une session au parlement nouvellement élu, le ministre de l'Intérieur a été très vivement pris à parti par des élus qui l'ont appelé à assumer ses responsabilités et lui ont reproché l'impuissance des forces de l'ordre présentes dans le stade. Pour l'analyste Safwat Zayat, le drame de Port-Saïd est un nouveau coup porté à l'image et à la réputation du CSFA. «Les événements en cours poussent dans la direction d'une accélération du transfert du pouvoir aux civils», a-t-il indiqué.

Les militaires égyptiens ont promis de restituer le pouvoir à un président élu. Sous la pression de précédents événements, ils avaient déjà annoncé une accélération du processus, avec l'organisation de l'élection présidentielle d'ici la fin juin, avec six mois d'avance sur le calendrier initial de la transition.