Mais qu'a fait la police ?

hélène duvigneau

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Des Egyptiens attendent leurs proches qui reviennent de Port-Saïd, hier au Caire.
Des Egyptiens attendent leurs proches qui reviennent de Port-Saïd, hier au Caire. — AP / SIPA

Ils sont jeunes, costaux et rebelles, raffolent de foot et de castagne avec une police dont ils dénoncent les brutalités. Ce sont les ultras égyptiens, ces supporters de foot érigés en héros de la révolution après avoir été considérés comme de vulgaires hooligans. Mercredi soir, les ultras du club cairote d'Al-Ahly, le plus titré d'Afrique, ont été pris pour cible à Port-Saïd par les supporters de l'équipe locale d'Al-Masry, pourtant victorieuse (3-1).
Elément troublant : les rares policiers présents sont restés passifs face au déferlement de violence. Le dernier bilan fait état de 74 morts, la plupart écrasés ou atteints par des projectiles. Au lendemain du drame, les ultras d'Al-Ahly ont mis en cause le maréchal Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA) au pouvoir, qu'ils accusent d'avoir permis, sinon provoqué, ces violences. « Nous voulons ta tête, traître Tantaoui », ont-ils écrit sur Facebook.
Pour la spécialiste de l'Egypte Sophie Pommier, les supporters d'Al-Ahly ont déjà été impliqués dans des débordements, mais la confusion autour de l'événement rend difficile toute interprétation. « C'est une constante en Egypte depuis la révolution, les policiers restent inactifs alors que les incidents se multiplient et que le port d'armes se banalise. Tout le monde se demande pourquoi le CSFA ne fait rien. » La police se venge-t-elle des accusations dont elle est l'objet ? Les militaires ont-ils tendu un piège aux ultras en soudoyant des supporters pour pouvoir rester au pouvoir jusqu'en juin, date prévue du transfert de l'exécutif aux civils ? Des témoins affirment en tout cas que des hommes de main armés de couteaux et de machettes avaient infiltré les supporters. Certains Egyptiens font remarquer par ailleurs que ces événements ont éclaté à une semaine du grand derby du Caire entre Al-Ahli et Zamalek, dont les ultras respectifs avaient promis de faire cause commune contre le pouvoir militaire.