Gilbert Collard: «On sait qu'un soldat peut mourir mais on ne l'envoie pas au massacre quand il n'y a pas d'urgence»

INTERVIEW L'avocat, qui défend des familles de soldats français morts en Afghanistan en 2008, revient sur l'ouverture inédite d'une enquête judiciaire...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

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L'avocat Gilbert Collard, le 10 septembre 2011, à Nice.
L'avocat Gilbert Collard, le 10 septembre 2011, à Nice. — J.AMET / REUTERS

C’est une première. Malgré l’avis contraire du parquet, la cour d’appel de Paris a autorisé ce lundi l’ouverture d’une enquête judiciaire pour homicides involontaires après le décès en 2008 de dix soldats français dans une embuscade en Afghanistan. Contacté par 20 Minutes, Gilbert Collard, avocat de familles de victimes, revient sur cette décision inédite.

Qui est visé par cette enquête?
Ce n’est pas l’armée, la collectivité militaire, qui est en cause, mais la hiérarchie de l’époque qui va jusqu’au chef des armées, c’est-à-dire Nicolas Sarkozy. On n’a pas déposé plainte parce que des soldats sont morts, mais contre des militaires qui ont organisé cette opération dans des conditions scandaleuses. Il n’y avait ni drone, ni hélicoptère, ni chef de commandement pour aider ces soldats dont les munitions étaient également inadaptées. L’hélicoptère qui devait les soutenir était utilisé pour transporter une haute personnalité, accompagnée justement de leur chef de commandement. 

Qu’attendez-vous de cette enquête?
Elle devrait avoir le mérite de faire réfléchir l’Etat-major. On sait qu’un soldat peut mourir mais on ne l’envoie pas au massacre quand il n’y a pas d’urgence, on ne peut pas jouer avec sa vie. On n’est plus au temps du général Nivelle

Pensez-vous que cette affaire puisse entraîner une «judiciarisation» de la mort de soldats sur le front?
Non, cela restera au cas par cas. La plainte doit d’abord être validée par un juge qui sert de filtre. Mais c’est une satisfaction immense pour les familles de victimes que je défends qui avaient l’impression que la minute de silence a duré des siècles. Des questions qui dérangent vont enfin pouvoir être posées à la hiérarchie militaire. Cela fait entrer le regard de la société civile au sein de l’armée, c’est une avancée démocratique.