Sénégal: L'opposition s'embrase contre la candidature d'Abdoulaye Wade à la présidentielle

DÉCRYPTAGE e Conseil constitutionnel a autorisé le président sortant, arrivé au pouvoir en 2000, à se présenter pour le scrutin de février, alors que la Constitution interdit d'effectuer plus de deux mandats présidentiels consécutifs...

Bérénice Dubuc avec agences

— 

Des membres du mouvement anti-gouvernement «Y En A Marre» lors d'une manifestation contre Abdoulaye Wade àl  Dakar, au Sénégal, le 27 janvier 2012.
Des membres du mouvement anti-gouvernement «Y En A Marre» lors d'une manifestation contre Abdoulaye Wade àl Dakar, au Sénégal, le 27 janvier 2012. — REUTERS/Joe Penney

Epargné par les coups d'Etat depuis la fin de l'ère coloniale, le Sénégal s'avance vers l'élection présidentielle du 26 février prochain dans un climat de plus en plus tendu. De violentes émeutes ont éclaté dans la nuit de vendredi à samedi, dans la capitale et en province, après l’autorisation donnée par le Conseil constitutionnel à Abdoulaye Wade de briguer un troisième mandat à la tête du pays.

Cette décision a suscité la colère de l'opposition, qui a indiqué qu’elle entrait «en résistance» et menacé de rendre le pays «ingouvernable» si Wade persistait à vouloir se présenter. Le Mouvement du 23 juin (M23), qui rassemble opposition politique et société civile, a estimé samedi dans un communiqué que la décision du Conseil était un putsch constitutionnel, et le prélude à ce qui sera un «putsch électoral».

La candidature de Youssou Ndour rejetée

Les adversaires de Wade ne lui reconnaissent pas le droit de se représenter et renvoient à la Constitution, qui interdit d'effectuer plus de deux mandats présidentiels consécutifs. Abdoulaye Wade, arrivé au pouvoir en 2000 puis réélu en 2007, leur répond que son premier mandat ne compte pas, car il a été entamé avant l'introduction de cet amendement constitutionnel, en 2001.

Ce lundi, le Conseil constitutionnel a confirmé cette décision, ainsi que le rejet de la candidature du chanteur Youssou Ndour, vedette internationale de la chanson, et celle de deux autres candidats indépendants, au motif qu'ils n'avaient pas réuni les 10.000 signatures de soutien requises. Le chanteur a accusé les autorités sénégalaises d'utiliser les forces de sécurité pour intimider la population après que la police l'a bousculé et interdit ses spectacles. «Nous sommes de plus en plus dans un état policier», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse samedi. «Ma réponse sera politique, même si les menaces sont physiques, comme c'est le cas aujourd'hui.»

Rassemblement pacifique mardi à Dakar

En réponse aux décisions du Conseil constitutionnel, le M23 a appelé «tous les citoyens à prendre part au rassemblement pacifique qu'il organise» mardi à Dakar contre la candidature de Wade. Objectif: dire «non au coup d'Etat constitutionnel» et «exiger le retrait de la candidature de Wade». Cet appel à manifester après une décision irrévocable - plus aucun recours n'est possible au plan légal - fait craindre de nouvelles violences.

Ce lundi, les appels au calme de la communauté internationale en direction du Sénégal se sont multipliés. La France a ainsi appelé à une campagne et à une élection «dans le calme et la pluralité», regrettant toutefois que «toutes les sensibilités politiques ne puissent être représentées» à la présidentielle.

Les Etats-Unis, par la voix de William Burns, le secrétaire d'Etat adjoint, ont également fait part de leur préoccupation. «La décision du président Wade de solliciter un troisième mandat (...) pourrait mettre en péril la démocratie, le développement démocratique et la stabilité politique que le Sénégal a bâtis sur le continent au cours des décennies», a jugé William Burns par téléconférence.