Tunisie: Des milliers de manifestants pour dénoncer la pression salafiste

RELIGION Plusieurs incidents impliquant des radicaux salafistes se sont déroulés ces dernières semaines...

© 2012 AFP

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A quelques mètres, deux jeunes femmes s'époumonnent: "La Tunisie est libre, non aux esprits arriérés!" "Ce n'est pas parce qu'on est musulman qu'on est islamiste. J'en ai assez que l'islam soit utilisé contre nous", explique Nadia, une jeune cadre voilée.
A quelques mètres, deux jeunes femmes s'époumonnent: "La Tunisie est libre, non aux esprits arriérés!" "Ce n'est pas parce qu'on est musulman qu'on est islamiste. J'en ai assez que l'islam soit utilisé contre nous", explique Nadia, une jeune cadre voilée. — Fethi Belaid afp.com

Des filles à qui l'on «conseille» de porter le foulard, des jeunes refoulés d'une mosquée, des enseignants anxieux de voir débarquer à leur cours une étudiante en niqab... Ils ont manifesté samedi à Tunis leur inquiétude face à des incidents qui ont selon eux tendance à se multiplier.

Ce sont deux petites dames aux cheveux blancs, souriantes, agitant avec énergie leur drapeau tunisien: Sarah Moalla et Oum Kalthoum Bradai, retraitées. Elles sont venues participer au défilé pour «la défense des libertés» organisé par des partis de gauche et des associations. «On était enseignantes, on a passé notre vie à éduquer. Et aujourd'hui certains veulent nous ramener 14 siècles en arrière?», dit l'une des deux septuagénaires. «Les salafistes sont bouchés, ils ne comprennent rien», renchérit son amie.

Pressions insidueuses

La marche a été organisée après une série d'incidents violents impliquant des radicaux de cette mouvance, très minoritaire en Tunisie, mais qui ne cesse de faire parler d'elle depuis la victoire des islamistes d'Ennahda aux élections. Dans des universités, où les partisans du port du niqab (voile islamique intégral) font pression, jusqu'à entraîner la fermeture d'une fac. Devant la justice, où ils vouent aux gémonies une chaîne de télévision accusée d'avoir diffusé un film blasphématoire. Dans des manifestations, où des journalistes et militants ont été pris à partie, voire molestés.

Mais au-delà de ces incidents spectaculaires, les enseignants, les étudiantes, les artistes venus manifester évoquent des pressions insidieuses, des événements anecdotiques mais qui se répètent trop souvent à leur goût. «L'épicier m'a dit l'autre jour: vous ne me plaisez pas avec votre jean. Je lui ai rétorqué qu'il ne me plaisait pas avec sa barbe», raconte Leila Katech, une anesthésiste à la retraite, qui «en a assez de voir la religion devenir la seule référence». A travers ce prisme, «tout devient un problème: aller voir un gynécologue, parler, s'habiller», déplore-t-elle.

«Les barbus essayent de tout contrôler»

A quelques mètres, deux jeunes femmes s'époumonnent: «La Tunisie est libre, non aux esprits arriérés!» «Ce n'est pas parce qu'on est musulman qu'on est islamiste. J'en ai assez que l'islam soit utilisé contre nous», explique Nadia, une jeune cadre voilée. Rym, elle, est en cheveux, malgré son père, qui voudrait qu'elle se couvre. «Les barbus essayent de tout contrôler», dit la jeune femme, qui a eu une altercation récente avec des salafistes alors qu'elle voulait montrer à des amis touristes une mosquée de la médina de Tunis.

Tiraillé entre ses propres faucons et ses colombes, soucieux de ne pas s'aliéner la partie radicale de sa base, le parti islamiste Ennahda, qui domine le gouvernement tunisien, a réagi timidement aux incidents, voire est resté silencieux.