Où en est la Syrie, avant la réunion du Conseil de sécurité de l'ONU?

DÉCRYPTAGE n projet de résolution doit être mis en circulation au Conseil, et pourrait être soumis à un vote dès la semaine prochaine, alors que sur le terrain, les violences continuent...

Bérénice Dubuc

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Des manifestants contre le régime de Bachar al-Assad, le 23 décembre 2011, à Binsh (Syrie).
Des manifestants contre le régime de Bachar al-Assad, le 23 décembre 2011, à Binsh (Syrie). — REUTERS

Le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit ce vendredi à huis clos à 15h à New York (21h à Paris) pour discuter du dossier syrien. Un projet de résolution mis au point par des pays occidentaux et arabes doit être mis en circulation au Conseil, et pourrait être soumis à un vote dès la semaine prochaine. Alors que l’ONU estime que plus de 5.000 personnes ont péri dans la répression du mouvement de contestation qui a commencé à la mi-mars, 20 Minutes fait le point sur la situation dans le pays.

En quoi consiste le projet de résolution occidental et arabe sur la Syrie?

Ce texte, rédigé par des diplomates britanniques et français en consultation avec le Qatar, le Maroc, les Etats-Unis, l'Allemagne et le Portugal, reprend la nouvelle «feuille de route» adoptée dimanche par la Ligue arabe. Cette dernière prévoit que Bachar al-Assad délègue ses pouvoirs à son vice-président et forme un gouvernement d'union nationale en vue de la tenue d'élections législatives et présidentielle anticipées.

Le projet de résolution invite donc le Conseil à se prononcer pour une «transition politique», et prévoit que, quinze jours après son éventuelle adoption, le Conseil de sécurité examine les mesures prises par Damas pour s'y conformer. Si ces mesures sont jugées insuffisantes, le texte évoque «l'adoption de mesures supplémentaires».

Cette résolution a-t-elle des chances d’être votée?

Le Conseil de sécurité de l’ONU risque d’être à nouveau empêché de voter cette résolution, du fait de l'opposition de la Russie et de la Chine. On ignore pour le moment si la Russie est prête à recourir à nouveau à son droit de veto, mais elle a déjà promis de ne pas soutenir une résolution qui exigerait le départ du président syrien, et s’est inquiétée que le texte n'exclue pas explicitement une intervention militaire.

Où en est la situation en Syrie?

Les violences continuent et la contestation prend de plus en plus des allures d'insurrection armée. Malgré la présence sur place d’observateurs de la Ligue arabe, les violences ont augmenté «de manière importante» depuis trois jours, en particulier à Homs, Hama et Idleb, dans le nord et le nord-ouest du pays. Il a fallu plusieurs mois à l'armée pour écraser les manifestants à Deraa, berceau du soulèvement, mais le régime y règne désormais d'une main de fer. A Homs, les violences interreligieuses entre la majorité sunnite et la minorité alaouite, dont est issu le régime en place, ont commencé il y a quatre mois et se poursuivent quotidiennement.

En revanche, la contestation s'est répandue dans les villes du centre du pays, dans les régions proches des frontières avec le Liban et la Turquie, mais aussi de Damas, puisque des combats ont opposé jeudi les forces syriennes à des insurgés à Douma, une localité à la périphérie de la capitale. Le gouverneur des environs de Damas a évoqué la tenue de négociations avec des insurgés en vue de conclure des trêves localisées, comme cela a été le cas la semaine passée à Zabadani, où l'armée a retiré ses blindés.

La mission des observateurs a-t-elle permis des avancées?

Le chef de la mission, qui avait pour but de vérifier la mise en œuvre d'un premier plan de sortie de crise (arrêt de la répression, retrait militaire des villes, libération des opposants, ouverture d'un dialogue avec leurs représentants), a assuré que le déploiement des 165 observateurs entre le 26 décembre et le 19 janvier dernier a été suivi d'un recul de la violence et du nombre de victimes. Une analyse partagée par l'Observatoire syrien pour les droits de l'homme (OSDH). Cependant, l’ONG affirme que, par la suite, les bilans se sont alourdis et la plupart des victimes ont été tuées lors d'assauts menés par les forces de sécurité et non lors de manifestations anti-Assad.

Les dissidents syriens jugent pour leur part que la présence des observateurs a permis à Bachar al-Assad de gagner du temps sans renoncer à l'écrasement du mouvement de contestation. Depuis l'arrivée de la mission arabe, plus de 600 personnes auraient payé de leur vie l'aggravation de la situation en Syrie. Certains pays arabes considèrent eux aussi que la mission a échoué.

Que va faire la Ligue arabe?

Dimanche, les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe ont décidé de prolonger la mission de leurs observateurs jusqu'au 23 février. Ils ont repris leur travail jeudi. Mais la crédibilité de la mission, engagée fin décembre, a été entamée par la décision du Conseil de coopération du Golfe (CCG), soit l'Arabie Saoudite, le Qatar, Koweït, les Emirats arabes unis, Bahreïn et Oman, de retirer leurs 55 observateurs en se disant persuadés que «les effusions de sang et les meurtres d'innocents allaient se poursuivre». L’Arabie Saoudite avait été la première, dimanche, à annoncer le retrait de ses observateurs, jugeant que la mission de la Ligue arabe était un échec. Elle a également appelé la communauté internationale à exercer «toute la pression possible» sur Damas.