Du Nord au Sud, les pays de l'Union se préoccupent de réguler l'immigration

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"Retirera-t-on un jour sa carte de compétence à Zidane parce que ses jambes seront usées?" a interrogé Serge Blisko (PS). Pour la gauche, cette mesure "contraire aux droits de l'homme" conduira au "pillage des élites" des pays en voie de développement.
"Retirera-t-on un jour sa carte de compétence à Zidane parce que ses jambes seront usées?" a interrogé Serge Blisko (PS). Pour la gauche, cette mesure "contraire aux droits de l'homme" conduira au "pillage des élites" des pays en voie de développement. — Joël Saget AFP/Archives

L'immigration à la carte est née. Avec 367 voix pour et 164 contre, le projet de loi sur l'immigration de Nicolas Sarkozy a été adopté hier par un vote solennel des députés. Finie l'immigration « subie », place à l'immigration « choisie » : désormais, comme à Londres ou à Berlin, les portes du pays s'ouvriront aux étrangers les plus diplômés grâce à la carte « compétences et talents » censée faciliter leur installation. En revanche, l'accès sera plus difficile pour les étrangers venant pour « motifs familiaux ou politiques ». Autant dire que l'accueil réservé à Sarkozy, hier au Mali, a été plutôt froid.

Concrètement, les clandestins présents depuis dix ans ne seront plus systématiquement régularisés, les expulsions des étrangers sans papiers seront effectives, et pour prétendre au regroupement familial, il faudra justifier d'un salaire et d'un logement suffisants. Autant de mesures « qui vont créer plus de sans papiers », juge Patrick Weil, spécialiste de l'immigration au CNRS*, et obligeront à terme le pays à régulariser massivement, comme le font l'Italie et l'Espagne. Un système nocif, selon le chercheur : « Quand on fait une grande régularisation, tout le monde est concerné, y compris des gens qui ne sont là que depuis deux ou trois ans. » Enfin, les étrangers voulant s'installer durablement devront signer « un contrat d'accueil et d'intégration » qui rend obligatoire une formation linguistique et civique.

En fait, Sarkozy hésite entre les tendances européennes : au Nord, on assiste au durcissement des conditions d'asile et de regroupement familial et à l'accueil d'étrangers très qualifiés. Au Sud, l'Italie et l'Espagne, terre d'accueil depuis quinze ans sont plus avides de main-d'oeuvre peu qualifiée.

C. Lemaistre et L. de Charette

*La République et sa diversité : immigration, intégration, discrimination. Seuil, 2005.