Génocide arménien : le défi de la Turquie

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La Turquie rejette catégoriquement la thèse d'un génocide, estimant qu'il s'agissait d'une répression dans un contexte de guerre civile où les Arméniens se sont alliés aux troupes russes qui avaient envahi l'empire ottoman.
La Turquie rejette catégoriquement la thèse d'un génocide, estimant qu'il s'agissait d'une répression dans un contexte de guerre civile où les Arméniens se sont alliés aux troupes russes qui avaient envahi l'empire ottoman. — AFP/Archives

Chaque jour depuis une semaine, une poignée de militants du Parti des travailleurs, un groupuscule ultranationaliste, s'installe devant le consulat français à Istanbul en Turquie. « Le génocide arménien est un mensonge. C'est une manipulation américaine ! », hurlent-ils dans leurs porte-voix. Sur un coin de table, ils font signer une pétition appelant au boycott des produits français. Cinq mille signatures ont été recueillies en trois jours.

La proposition de loi socialiste examinée aujourd'hui à l'Assemblée nationale (lire ci-dessous) est très médiatisée et soulève de vives protestations dans le pays. « C'est encore une provocation anti-turque. La France tombe dans des considérations électoralistes et va à la pêche aux voix arméniennes », s'emporte Hasan, un jeune stambouliote. Le texte est contesté par les nationalistes, qui continuent à parler de « prétendu génocide », mais aussi par les milieux intellectuels, qui tentent d'ouvrir le débat et qui verraient leurs efforts anéantis si la loi était votée. Le mouvement de boycott se prépare. Une liste noire de produits français circule sur Internet, et des fleurons de l'industrie française comme Danone ou Lacoste voient déjà leurs ventes baisser. « Ceux qui seront touchés seront d'abord les entreprises qui traitent avec l'Etat ou l'armée, dans le cadre d'appels d'offres, explique Guillaume Rougier-Brierre, président des conseillers français au commerce extérieur. C'est le cas pour Areva ou Sodexho. Ensuite viendront les produits de grande consommation comme Danone, L'Oréal ou Carrefour. Cela peut être beaucoup plus grave qu'en 2001. » Il y a cinq ans, après la reconnaissance du génocide arménien par les députés français, le boycott avait peu mobilisé. Mais cette fois, la Turquie est un débouché bien plus important pour les entreprises françaises, qui ont multiplié les initiatives et les lettres aux députés pour tenter d'empêcher le vote de cette loi. Ankara a déjà prévenu que les relations bilatérales pourraient souffrir de « dommages incalculables ».

Guillaume Perrier