Nouvelles sanctions contre l'Iran: Des mesures qui ont peu de chance de retourner la population contre le régime

DÉCRYPTAGE 'embargo sur le pétrole iranien, décidé lundi par l'Union, n'entrera en vigueur qu'au 1er juillet prochain, et pourrait permettre au régime de présenter l'Iran comme une victime des Occidentaux qui refusent qu'il soit une grande puissance...

Bérénice Dubuc

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Des étudiants iraniens manifestent pour soutenir le programme nucléaire iranien et protester contre les mises en garde américaines et israéliennes, le 15 novembre 2011 à Isfahan (Iran).
Des étudiants iraniens manifestent pour soutenir le programme nucléaire iranien et protester contre les mises en garde américaines et israéliennes, le 15 novembre 2011 à Isfahan (Iran). — STR / AFP

Lundi, l’Union européenne a décidé de voter de nouvelles sanctions pour frapper une nouvelle fois au cœur de l’économie de la République islamique, et sanctionner la poursuite par Téhéran de ses activités nucléaires controversées. 20 Minutes fait le point sur ce que signifient ces mesures de rétorsion pour la population iranienne.

Quand vont être appliquées ces nouvelles sanctions?

Les sanctions européennes n’entreront pleinement en vigueur que le 1er juillet prochain. D’ici cette date, les contrats déjà signés entre la République islamique et les pays membres de l’UE pourront être honorés. Ce délai devrait également permettre à des pays fortement dépendants du brut iranien, ceux d’Europe du Sud principalement, de trouver des sources d’approvisionnement alternatives.

Cependant, les pays européens important environ 600.000 barils sur les 2,6 millions qui sont exportés chaque jour par l’Iran, l’impact de l’embargo sur les économies des pays membres sera évalué avant le 1er mai, ce qui pourrait jouer sur la date de la pleine entrée en vigueur des sanctions, notent des diplomates.

Quelles vont être les conséquences sur la population iranienne?

Ces mesures de rétorsion visent directement le secteur pétrolier iranien, qui pèse déjà sur le rial, la monnaie iranienne, et provoque une hausse du prix des denrées de base en Iran. Karim Pakzad, chercheur à l’Iris, confirme à 20 Minutes qu’il y a «déjà des conséquences sur le rial, qui a connu une chute vertigineuse par rapport au dollar» ces derniers temps. Ces mesures vont certainement peser sur la population en faisant augmenter le coûte de la vie.

Cela va-t-il permettre de retourner la population iranienne contre le régime?

Voir chuter le régime en faisant monter le mécontentement populaire contre lui, «c’est un calcul risqué» des Occidentaux, selon Karim Pakzad. Ces nouvelles sanctions vont permettre au régime de «présenter l’Iran comme une victime des Occidentaux qui refusent que l’Iran soit une grande puissance, et caresser l’opinion dans le sens patriotique», analyse le chercheur. Car même l’opposition réformatrice, qui déteste profondément le régime, n’apprécie pas que des puissances étrangères fassent de l’ingérence dans les affaires iraniennes et est extrêmement sensible à l’indépendance de l’Iran, explique Karim Pakzad.

L’Iran est en effet un pays extrêmement nationaliste de par son histoire, et les Iraniens partagent le sentiment qu’il faut coûte que coûte défendre le pays - la grande Perse, l’Iran Éternel - contre le monde arabe qui l’encercle, et contre les Etats-Unis. Car, si le régime n’a pas le soutien de la majorité de la population, cette dernière n’est pas non plus pro américaine, au contraire.

«L’opinion publique iranienne considère que la guerre a commencé il y a longtemps et que tous ses problèmes sont dus à l’embargo américain qui dure depuis 30 ans», indique Pakzad. Si l’on ajoute le fait que le régime iranien a un solide ancrage grâce à ses réseaux de répression (armée, Gardiens de la Révolution, mais aussi miliciens), pas sûr que la politique actuelle soit couronnée de succès.