Espagne: Un juge devant la justice pour avoir brisé le tabou du franquisme

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A 56 ans, le juge Garzon, suspendu de ses fonctions depuis mai 2010, risque une interdiction d'exercer de 20 ans au maximum.
A 56 ans, le juge Garzon, suspendu de ses fonctions depuis mai 2010, risque une interdiction d'exercer de 20 ans au maximum. — Javier Soriano afp.com

Le juge espagnol Baltasar Garzon, soutenu en masse par les défenseurs des droits de l'Homme, répond devant la justice à partir de ce mardi pour avoir brisé un tabou en voulant enquêter sur le sort des disparus du franquisme, divisant un pays où les blessures restent à vif.

A 56 ans, le juge Garzon, suspendu de ses fonctions depuis mai 2010, risque une interdiction d'exercer de 20 ans au maximum. Une sanction qui mettrait un point final à la carrière hors du commun de ce magistrat hyperactif, admiré autant que haï, mondialement connu pour avoir fait arrêter en 1998 à Londres l'ancien dictateur chilien Augusto Pinochet. Mais dans son propre pays, sa quête d'une «justice universelle» s'est heurtée aux démons du franquisme.

Faire la lumière sur le sort de 114.000 disparus

Poursuivi par deux associations d'extrême droite, il est accusé d'avoir enfreint la loi d'amnistie votée en octobre 1977, deux ans après la mort de Francisco Franco, qui était censée imposer un pacte du silence sur les années noires de la Guerre civile (1936-39) et de la dictature (1939-75).

Saisi en 2006 par des associations de défense de victimes, il avait tenté d'ouvrir ce douloureux dossier et de faire la lumière sur le sort de 114.000 disparus, avant de renoncer en 2008 face à l'opposition du parquet qui dénonçait le risque d'une «inquisition» incompatible avec un Etat de droit.

Son argumentation, fondée sur les principes des tribunaux internationaux: ces disparitions forcées de civils constituent des crimes contre l'humanité imprescriptibles et échappent à ce titre à la loi d'amnistie.

Un «lynchage judiciaire» selon des ONG

Les poursuites ouvertes contre le juge avaient suscité la polémique en Espagne et rappelé que la page du franquisme n'est pas complètement tournée, malgré une loi votée en 2007 afin de réhabiliter les victimes. Ses partisans dénoncent un complot politique, d'autant que le parquet lui-même a demandé dans ses réquisitions préliminaires que l'accusé soit blanchi, estimant que sa tentative d'enquête ne justifiait pas les poursuites.

De multiples organisations des droits de l'Homme, dont Amnesty International et Human Rights Watch, se sont mobilisées pour le soutenir, dénonçant un «lynchage» judiciaire.

Après la déposition du juge Garzon le 31 janvier, le procès verra défiler 22 témoins, tous représentant des proches de disparus. Plusieurs autres témoins cités par la défense pour défendre les principes du droit international, dont l'ancien procureur du TPI Carla del Ponte, ont en revanche été récusés par le tribunal.