Naufrage du Concordia: Vivre après avoir échappé à la mort

PSYCHOLOGIE Les rescapés des accidents collectifs doivent «verbaliser» le plus tôt possible...

William Molinié

— 

Les rescapés d'une catastrophe comme le Costa Concordia éprouveraient a posteriori, se lon les experts, de la colère et de la culpabilité d'être en vie.
Les rescapés d'une catastrophe comme le Costa Concordia éprouveraient a posteriori, se lon les experts, de la colère et de la culpabilité d'être en vie. — ITACOAST GUARD/ ALPHA / OLYCOM / SIPA

Rescapés d'un naufrage, d'un crash d'avion, d'une catastrophe naturelle ou d'un accident de la route… Peut-on se remettre d'un tel drame? Faut-il oublier? Comment ne pas se sentir coupable d'être en vie quand d'autres ont péri? Des questions auxquelles sont confrontés les survivants du Costa Concordia, échoué le 13 janvier sur l'île du Giglio en Italie.

«La majorité va reconstruire sa vie normalement»

«Pour se reconstruire, les victimes de ce type d'accident collectif doivent accepter le drame comme un événement de leur vie», explique le Dr Christian Navarre. Ce psychiatre au centre hospitalier du Rouvray, à côté de Rouen, a travaillé avec les survivants du tsunami de 2004, de la guerre du Kosovo, ou encore du crash de Charm-El-Cheikh en Egypte. «Les rescapés ont été confrontés brutalement et de façon imprévue à la mort. Ils ont perdu confiance dans la société, censée les protéger. Il faut le plus tôt possible verbaliser», poursuit-il.

D'où l'importance de la prise en charge médico-psychologique dans les heures qui suivent l'accident. «Dès notre arrivée en France, sur une aire d'autoroute, des médecins nous ont proposé de parler. Je me suis senti à nouveau considéré», raconte à 20 Minutes Guillaume Bret, un des survivants du Costa Concordia.

Les victimes passent ensuite par plusieurs phases. Celle de la colère d'abord. D'autres se sentent coupables d'être en vie ou de ne pas avoir été «héroïque» au moment du drame. Puis vient le temps des revendications. «Les victimes veulent porter plainte pour restituer ce qu'elles ont vécu», commente Stéphane Gicquel, secrétaire général de la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (Fenvac), qui a reçu une soixantaine de mails parmi les 462 passagers français du paquebot. «La majorité va reconstruire sa vie normalement», rassure le Dr Navarre. Certains garderont des cicatrices. Guillaume, lui, raconte «entendre encore le bruit de la vaisselle qui se brise par terre à mesure que le navire se penche».