Naufrage du Concordia: Le commandant rejette la faute sur la compagnie

ITALIE Pour Francesco Schettino, c'est Costa Croisières qui a insisté pour qu'il s'approche des côtes...

Reuters
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Francesco Schettino, le 15 janvier 2012 à Porto Santo Stefano, en Italie.
Francesco Schettino, le 15 janvier 2012 à Porto Santo Stefano, en Italie. — Giacomo Aprili/AP/SIPA

Le commandant du Costa Concordia, qui a fait naufrage le 13  janvier au large de la Toscane, a affirmé aux enquêteurs que c'est la  compagnie Costa Croisières qui lui avait demandé de s'approcher le plus  possible de l'île du Giglio, où le paquebot a heurté un récif.

L'accident a fait au moins treize morts -le corps d'une femme a été  retrouvé dimanche- et 20 disparus parmi les plus de 4.200 passagers et  membres d'équipage. Selon le parquet, le Costa Concordia s'est approché à 150  mètres seulement du rivage afin de réaliser une manoeuvre connue sous le  nom d'«inchino» («la révérence»), un salut aux habitants de l'île  heureux de voir de nuit cette masse imposante, véritable ville flottante  aux mille lumières, frôler la rive. 

La «boîte noire» ne fonctionnait plus depuis deux semaines

«C'était prévu. Nous aurions dû le faire (l'«inchino») une semaine  plus tôt mais cela n'avait pas été possible en raison du mauvais temps»,  a déclaré le commandant Francesco Schettino aux enquêteurs, selon des  extraits du compte rendu de son audition parus dans la presse italienne. «Ils (les responsables de la compagnie) ont insisté. Ils disaient “Nous faisons de la navigation touristique, il faut que les gens nous  voient, nous devons nous faire de la publicité et saluer l'île”», a  ajouté le commandant, que Costa Croisères tient pour responsable de  l'accident.

Il a précisé que la «boîte noire» qui enregistre les données de  navigation du navire ne fonctionnait plus depuis deux semaines et qu'il  avait vainement demandé à la compagnie de la faire réparer.

Francesco Schettino assure avoir informé en temps réel  Costa  Croisières de la situation et précise que son attitude a été approuvée  par le directeur des opérations de la compagnie, Roberto Ferrarini, lors  de plusieurs conversations téléphoniques le soir du drame. Il reconnaît toutefois avoir attendu pour alerter les garde-côtes et pour donner l'ordre d'évacuation. 

La compagnie reproche au commandant une «incroyable  négligence»

«Vous ne pouvez pas évacuer des gens sur des chaloupes de sauvetage  et puis, si le navire ne coule pas, dire que c'était une blague. Je nous  voulais pas provoquer la panique et voir des gens mourir pour rien»,  a-t-il dit. Sur les 13 corps retrouvés, dont quatre ressortissants français, huit ont été identifiés.

De légères traces de pollution dues aux détergents et aux  désinfectants, utilisés notamment pour la piscine du bord, ont été  repérées près du paquebot mais il n'y a aucune fuite de fioul lourd ou  de gazole. Le commandant Schettino, accusé d'homicides involontaires, d'avoir  provoqué le naufrage et abandonné son navire avant son évacuation  totale, est assigné à résidence dans sa ville de Meta di Sorrento, au  sud de Naples.

Le directeur général de Costa Croisières, Pier Luigi Foschi, pense  qu'il a trop attendu pour lancer un SOS et donner l'ordre d'évacuation.  Il l'accuse également d'avoir transmis de fausses informations au siège  de la compagnie. Costa Croisières, filiale de Carnival Corp, a suspendu de ses  fonctions le commandant Schettino et s'est portée partie civile. La  compagnie reproche à son officier d'avoir fait preuve d'une «incroyable  négligence» et d'une «totale incapacité à gérer les phases successives  de cette situation d'urgence».