Commandant Schettino, l'anti-héro défendu sur ses terres

A Meta di Sorrento, William Molinié

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C'est dans cette maison que Francesco Schettino, l'ancien commandant du Costa Concordia, est assigné à résidence depuis mercredi, dans son village de Meta di Sorrento, le 21 janvier 2012 en Italie.
C'est dans cette maison que Francesco Schettino, l'ancien commandant du Costa Concordia, est assigné à résidence depuis mercredi, dans son village de Meta di Sorrento, le 21 janvier 2012 en Italie. — W. MOLINIE/20 Minutes

De notre envoyé spécial en Italie

C’est l’homme actuellement le plus détesté d’Italie. A l’image de ce secouriste sur l’île du Giglio qui à la simple évocation de son nom fait mine de se pendre à une corde. Francesco Schettino, 52 ans, est le commandant déchu du Costa Concordia. Les médias en ont fait l’archétype du «beauf» italien. «Crâneur» pour être passé trop près des côtes afin d’honorer l’île d’un traditionnel «inchino», toutes sirènes hurlantes. «Beau-parleur» pour avoir minimisé l’accident, donné l’alerte trop tard et surtout abandonné le navire. Honneur englouti pour le capitaine.
 
Pourtant, dans son village où il est assigné à résidence depuis mercredi, à Meta di Sorrento au sud de Naples, Schettino reste l’enfant du pays. Francesco, c’est un ami, une connaissance, un client, ou même un cousin éloigné. Les 8.000 âmes de ce village perché au-dessus de la mer sur le flanc des falaises tentent désormais de sauver l’âme de leur capitaine.
 

«Il a sauvé des vies»

Casquette de matelot vissée sur la tête, Michele Miccio, un sexagénaire à la barbe sombre, raconte avoir eu Schettino plusieurs fois sous son commandement. «C’était un bon élément en mer. C’est devenu un ami», raconte-t-il pudiquement. Ce membre d’une association de capitaines - à laquelle Schettino appartient, précise-t-il - ne veut pas se prononcer sur la responsabilité de son ancien aspirant. «J’attends de voir les boîtes noires. Pour l’instant, tout le monde parle. Mais Schettino n’a pas encore dit beaucoup de choses, poursuit-il. Cela dit, je suis certain qu’il a sauvé des vies. Car sur le nombre de passagers, le bilan de la catastrophe n’est pas si énorme que ça.»
 
Cloîtré dans sa maison modeste aux volets verts, au détour d’une petite ruelle, le commandant n’a le droit d’entrer en contact qu’avec son avocat et sa famille proche. Sa compagne, Fabiola Russo, élégante quarantenaire brune, sort peu. A peine, samedi matin, a-t-elle pris le temps d’expliquer aux journalistes qu’elle ne s’exprimerait pas. A défaut, ce sont donc leurs voisins qui prennent la parole. Des jeunes garçons en scooter, face à la jetée, se présentent comme des amis de la fille de 15 ans de Schettino. «Les médias racontent n’importe quoi. On le connaît bien. C’est quelqu’un de très bon et généreux. Comme toute la famille d’ailleurs», insiste l’un d’entre eux.
 

«Tenez bon capitaine»

Dans les rues en pente de Meta di Sorrento, la solidarité des travailleurs de la mer se ressent à chaque coin de rue. Le seul endroit en Italie où Schettino n’est pas un lâche. «Tenez bon capitaine», peut-on lire sur un drap étendu en face de sa maison. Dans une autre artère, des messages inscrits en lettres rouge sur les murs font écho de la défiance des habitants vis-à-vis des médias : «La presse et la télévision, infamies». «Les gens ici travaillent tous plus ou moins en rapport avec la mer. Que ce soient les marins, les pêcheurs, même les cuisiniers ou les serveurs. C’est un petit village, alors il faut s’aider, vous comprenez ?», observe un commerçant qui souhaite rester anonyme.
 
Les habitants de Meta ne sont pas les seuls à prendre la défense du commandant. Jeudi, un nouveau personnage a fait son apparition dans l’album photos des acteurs du Concordia. Une jeune Moldave de 25 ans, Domnica Cemortan, ancienne ballerine et «invitée personnelle du commandant» sur le navire, a expliqué a la télévision roumaine que Schettino avait été «extraordinaire». «Il a sauvé la vie de 3.000 personnes grâce à son sang-froid. Tout l'équipage est de cet avis. Je ne comprends pas pourquoi la presse l'attaque», a-t-elle déclaré. La police italienne la recherche pour récupérer son témoignage.
 
En attendant son procès, pas avant plusieurs mois, Schettino ne peut plus compter sur Costa Croisières. La compagnie, qui avait pris sa défense dans les premières heures du drame, l’a lâché cette semaine. Il devra payer de sa propre poche son avocat pour assurer sa défense. Une voisine, professeur de philosophie et d’histoire, a une pensée pour sa famille. «Malgré cette immense tragédie, Francesco est une personne humaine. Ses proches sont déshonorés. J’invite tout le monde à rester prudent», témoigne Clara De Falco. D’autant, ajoute-t-elle, que pour l’heure, «ça doit arranger tout le monde qu’il n’y ait que lui qui soit mis en cause».