Yémen: L'immunité du président adoptée au parlement

Reuters

— 

Le parlement yéménite a adopté ce samedi le projet de loi qui garantit l'immunité judiciaire du président sortant Ali Abdallah Saleh pour la mort de manifestants hostiles à son régime. 

Le texte entre dans le cadre du plan de transfert du pouvoir mis en oeuvre sous l'égide du Conseil de coopération du Golfe pour faire cesser la contestation qui dure depuis un an. 

Il couvre toute la présidence de Saleh, au pouvoir depuis 33 ans, et devait s'appliquer à ses collaborateurs, mais des amendements en ont limité la portée. Seuls les crimes «motivés politiquement» qui ne sont pas considérés comme des «actes terroristes» seront finalement couverts dans leur cas. 

L'immunité du chef de l'Etat est en revanche immuable et aucun recours n'est possible. Les élus ont également autorisé le vice-président Abd-Rabbou Mansour Hadi à briguer la succession de Saleh lors du scrutin prévu le mois prochain. 

Un «message scandaleux» pour Human Rights Watch

Djamal Benomar, envoyé spécial des Nations unies au Yémen, a salué l'amendement limitant l'immunité accordée aux collaborateurs de Saleh, mais déploré qu'il n'aille «pas assez loin».

«La portée de cette loi est encore trop étendue», a-t-il dit. «L'Onu ne peut pas fermer les yeux sur une large amnistie qui couvre des actes considérés par l'Onu comme des crimes contre l'humanité, des actes de génocide, des crimes de guerre, des violations flagrantes des droits de l'homme et des violences sexuelles.»

L'ONG Human Rights Watch a dénoncé le «message scandaleux» adressé par cette loi, selon lequel «tuer ceux qui expriment une opinion divergente ne prête pas à conséquence». 

«Le gouvernement yéménite devrait enquêter sur les hauts responsables impliqués dans des crimes graves, plutôt que de les laisser libres», a estimé la directrice régionale de HRW Sarah Leah Whitson.

D'après un diplomate du Moyen-Orient, le président Saleh compte toujours se rendre aux Etats-Unis pour un examen médical, mais n'a pas l'intention de partir en exil.