Le président de Costa Croisières France: «Ça peut paraître un peu fou, mais on a des standards de sécurité très élevés»

INTERVIEW Georges Azouze, qui est aussi président de l'Association française des compagnies de croisière, fait le point une semaine après le drame...

Propos recueillis par Julien Ménielle

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Le navire de croisière Costa Concordia qui s'est échoué
Le navire de croisière Costa Concordia qui s'est échoué — STRINGER / AFP

Sept jours très exactement après le naufrage du Concordia, Georges Azouze, président de Costa Croisières et de l'Association française des compagnies de croisière (AFCC), fait le bilan pour 20 Minutes.

Avez-vous un contact avec les familles des disparus?

Il y avait 462 français à bord. Je ne peux pas communiquer de bilans mais je confirme qu’il y a des décès, des blessés et quelques disparus. Nous avons fait descendre l’ensemble des familles des disparus, qui sont actuellement sur le site en Italie. Elles sont encadrées par mon directeur général adjoint, une équipe de Costa Croisières et une cellule du quai d’Orsay, qui leur apportent un soutien psychologique. Les familles des personnes décédées sont également venues reconnaître les corps. Elles repartiront ensuite et les corps seront rapatriés.

Et les autres passagers?

Nous avons appelé tous les survivants pour écouter ce qu’ils avaient à nous dire sur les difficiles moments qu'ils ont passés lors de l’évacuation et leur donner les modalités de nos initiatives concernant le remboursement et le dédommagement. On voulait être le plus proche possible d’eux, comprendre comment ils allaient et leur proposer des soutiens psychologiques. Certains sont vraiment très choqués, d’autres moins. Il faut les entourer, ce que nous nous attachons à faire avec l’aide des agents de voyage.

Toute la responsabilité semble rejetée sur le commandant du navire. Y avait-il déjà eu des incidents avec lui?

C’est quelqu’un qui a trente ans de navigation, qui est avec nous depuis 2002. Il a eu différentes responsabilités au sein de la flotte. On a parlé d’alcoolisme à son sujet; en ce qui nous concerne, c’est quelqu’un qui n’a jamais bu d’alcool, tout et n’importe quoi a été raconté... Maintenant, concernant son comportement, il faudra que l’enquête détermine très précisément ce qu’il en est et nous voulons donner tous les gages de coopération à ce niveau. En tout cas, s’il y avait eu des incidents avant, il n’aurait pas été à la tête du Concordia. Ça peut paraître un peu fou, mais on a des standards de qualité et de sécurité très élevés, on va au-delà des réglementations dans ce domaine et ceux qui sont venus sur nos bateaux savent qu’on est complètement obsédés par la sécurité.

Comment expliquez-vous alors les problèmes d’évacuation?

L’ensemble de l’équipage avait son brevet obligatoire, et était entraîné tous les 15 jours. Les clients participent toujours à un exercice d’évacuation du navire dans les 24 heures après leur embarquement. En l’occurrence, les conditions ont été rendues très difficiles par l’inclinaison du bateau, qui a rendu une partie des chaloupes peut-être difficilement accessibles tout de suite, et qui explique que l’évacuation a nécessité plus de temps que prévu. Mais en un peu plus de deux heures, on a évacué plus de 4.200 personnes et 99% sont sains et saufs. Les 1.000 membres d’équipage ont été exemplaires, ils sont assuré. Alors on parle du commandant mais on ne dit pas que le n°2 sur la liste de l’état-major a été retrouvé au bout de 48 heures, bloqué dans l’eau avec une jambe cassée parce qu’il est revenu voir s’il y avait des gens qui restaient. Ce type est un héros, il a sauvé de nombreuses vies.

Le gigantisme de ce type de bateau fait pourtant polémique...

C’est du fantasme, sorti par des gens qui se prétendent experts et qui n’ont jamais mis les pieds sur un bateau de ce type. Pourquoi on mettrait en doute les capacités technologiques d’un bateau comme ça plus que celles d’un A380? Pourquoi on salue la prouesse technologique pour un avion alors qu’on estime que les grands bateaux sont des dérives? Les grands bateaux permettent de proposer des croisières au plus grand nombre et pour un prix très abordable. Mais la sécurité est adaptée. Comparer ça au Titanic, c’est n’importe quoi! Sur un petit bateau de 300 ou 400 passagers, on aurait eu le même problème puisqu’il y aurait eu moins de membres d’équipage et de chaloupes.

Qu’avez-vous prévu concernant les indemnisations et les éventuelles plaintes?

Nous remboursons la totalité de la croisière et tous les moyens d’acheminement vers le port de Marseille. Toutes les dépenses à bord, excursions, frais de bar, etc. ont été annulées, nous indemnisons les bagages et effets personnels ainsi que les valeurs restées dans les coffres-forts et les éventuels frais de rapatriements médicaux. Nous préparons également un système d’indemnisation qui va s’appuyer sur ce qu’il s’est passé lors des catastrophes précédentes et ce qui se fait dans la profession en général de façon à calculer au plus vite et au plus juste. Concernant les éventuelles plaintes, on fera face, même si je vois actuellement des choses incroyables du côté de certains avocats. Mais nous assumerons nos responsabilités: nous sommes une grande compagnie et nous le montrerons.

Mesurez-vous le préjudice pour votre compagnie et l’image des croisiéristes?

Non. C’est impossible. On est dans la phase de l’après-sauvetage et de l’attente angoissée de ceux qui manquent encore à l’appel. Après viendront les estimations. Ce que je sais, c’est que nous ne constatons pas d’effet de panique, ni de baisse des réservations. Notre souhait est que les clients continuent à nous faire confiance. C’est une grande compagnie, il ne faudrait pas que le comportement d’une personne remette en cause toute cette immense entreprise.