« S'ils veulent virer un journaliste... »

Envoyé spécial à Budapest, Vincent Vantighem

— 

Andras Arato, le directeur de Klubradio, principale radio d'opposition.
Andras Arato, le directeur de Klubradio, principale radio d'opposition. — V. VANTIGHEM / 20 MINUTES

Après avoir abordé la question des nouvelles lois familiales hongroises, 20 Minutes a sondé les journalistes qui s'estiment « muselés » par le gouvernement de Viktor Orban (droite).

Le zèbre n'est pas connu pour être un animal très loquace. Mais c'est pourtant celui qu'Andras Arato a choisi pour orner le logo de Klubradio. « Le zèbre est sauvage, raconte le directeur de la radio. On ne peut jamais le dompter totalement… » Mais on peut l'abattre. Aujourd'hui, le zèbre a un genou à terre. Si son ultime recours est rejeté, Klubradio cessera d'émettre à Budapest le 10 février. Principale radio d'opposition, Klubradio est devenue le symbole du contrôle exercé sur les médias par le gouvernement Orban.

Une minute de silence
« Lors du dernier appel d'offres, la commission a préféré choisir une radio dirigée par un membre du Fidesz, le parti de Viktor Orban, détaille Andras Arato. Nous avons vraiment peu de chances de l'emporter… » Attila Mong en sait quelque chose. Ancien journaliste politique vedette de la radio publique, lui a déjà été suspendu. « J'ai observé une minute de silence à l'antenne pour protester », confie-t-il. Pour Attila et Andras, le problème tient en quatre petites lettres : NMHH. L'équivalent du CSA français est dirigé par un proche de Viktor Orban. « Il a publié une série de directives sur l'éthique, la dignité…, poursuit Attila Mong. Aujourd'hui, s'ils veulent virer un journaliste qui dérange, ils n'ont qu'à dire qu'un de ses articles ne respecte pas ces directives. Tout ça est très politique… » Appelé à se défendre devant le Parlement européen, Tibor Navracsics, vice-Premier ministre, a expliqué que les nouvelles lois allaient désormais empêcher les médias « de dire n'importe quoi ». Dimanche, Attila et Andras manifesteront donc. Le dernier rassemblement a réuni 70 000 personnes. Mais la télévision publique avait choisi de ne diffuser que des images de rues vides, estimant que c'était un « échec ».A suivre…