Hongrie: Travail, famille, ennuis

CRISE En pleine crise financière, le pays vient de durcir ses lois familiales...

Vincent Vantighem, envoyé à Budapest

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Nicolett pense que la loi sur l'avortement peut faire réfléchir les jeunes filles.
Nicolett pense que la loi sur l'avortement peut faire réfléchir les jeunes filles. — V. VANTIGhEM / 20MINUTES

De notre envoyé spécial en Hongrie

Depuis le 1er janvier, la «République de Hongrie» n'existe plus. En haut de la nouvelle Constitution, il ne reste plus que «Hongrie». Jugées «liberticides» par plusieurs eurodéputés, les nouvelles lois sur les médias, la famille ou la justice modifient le mode de vie dans ce pays. 20 Minutes s'est rendu sur place.

Le fœtus est encore dans le ventre de sa mère. Mais il a déjà acquis l'usage de la parole. «Je pourrais comprendre que tu n'es pas prête pour moi maintenant, implore-t-il. Mais réfléchis-y à deux fois et donne-moi à l'adoption. Laisse-moi vivre!» Placardées l'été dernier dans le métro par les autorités hongroises, les affiches ont fait le tour de Budapest. Avant d'atterrir sur le bureau de Viviane Reding à Bruxelles. «Cette campagne anti-avortement est incompatible avec les valeurs de l'Union européenne.» La commissaire en charge des Droits fondamentaux n'était pas au bout de ses surprises. Le 1er janvier, le gouvernement de Viktor Orban (droite) a gravé dans le marbre de la Constitution son concept de «bonne famille». Noir sur blanc, les enfants doivent «obéir à leurs parents». Le mariage doit être «l'union d'un homme et d'une femme». Quant au fœtus, il est considéré comme «un être humain dès le jour de sa conception».

D'abord préoccupés par la crise

Mais ce qui choque Bruxelles laisse Budapest indifférente. Ou presque. «La loi sur l'avortement? Si ça peut faire réfléchir les jeunes filles à deux fois, pourquoi pas…» lâche Nicolett, 26 ans, tout en promenant ses deux enfants dans le parc Kàrolyi. Deux rues plus loin, Gabor se fait plus explicite. «Ici, les gens sont d'abord préoccupés par la situation économique.»

Pas les moyens d'élever un enfant

Elu en 2010 pour endiguer la crise, Viktor Orban aura finalement pris l'eau. La monnaie, le forint, s'est effondrée. L'inflation a suivi une courbe inversement proportionnelle. Et c'est la seule chose qui fait vaciller les convictions de Mariana. Tout en découpant une pâtisserie aux amandes, la serveuse détaille: «Je suis catholique. Donc, plutôt contre l'avortement. Mais si j'avais un enfant, je n'aurais pas les moyens financiers de l'élever. Si je tombais enceinte, je ne saurais pas quoi faire.»

Car tout reste possible dans l'ex-empire magyar. Si la Constitution donne son avis sur l'avortement, elle ne prévoit aucune sanction pour ceux qui y contreviendraient. Julia Spronz pense que le pire est à venir. Fondatrice de l'association Patent, elle craint que des «médecins vieux jeu» ne se servent de la loi pour refuser de pratiquer des interruptions volontaires de grossesse. Vingt-huit hôpitaux auraient d'ailleurs déjà pris position en ce sens. «Mais le joug communiste a laissé des traces. Les gens pensent qu'en manifestant, ils risquent d'avoir plus de problèmes», lâche-t-elle. Depuis janvier, elle n'a réussi à mobiliser que 55 femmes contre le texte.