Rwanda: Que sait-on de nouveau sur les origines du génocide?

DÉCRYPTAGE n quoi l'expertise technique dévoilée par les juges antiterroristes Marc Trévidic et Nathalie Poux remet-elle en cause la version à l'origine du génocide au Rwanda? «20 Minutes» fait le point...

Bérénice Dubuc

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Agathe Habyarimana a obtenu mardi du tribunal administratif de Versailles l'annulation de l'arrêté préfectoral lui refusant l'obtention d'un titre de séjour et un nouvel examen de sa situation, a-t-on appris auprès de son avocat.
Agathe Habyarimana a obtenu mardi du tribunal administratif de Versailles l'annulation de l'arrêté préfectoral lui refusant l'obtention d'un titre de séjour et un nouvel examen de sa situation, a-t-on appris auprès de son avocat. — Gian Luigi Guercia AFP/Archives

Les deux juges français Marc Trévidic et Nathalie Poux, en charge de l’enquête sur l’attentat qui a causé la mort du président hutu Juvénal Habyarimana et de 11 autres personnes le 6 avril 1994 à Kigali, ont présenté mardi, lors d'une audience à huis clos, une expertise technique sur l’origine des tirs de roquettes qui ont atteint le Falcon du président rwandais. Cet attentat avait été l'acte déclencheur du génocide qui a vu la mort de 800.000 tutsis. 20 Minutes fait le point sur ce nouvel élément à l'origine du génocide rwandais.

Quelles sont les conclusions de l'expertise technique demandée par les juges Trévidic et Poux?

Le rapport, réalisé après un transport d'experts ainsi que des juges antiterroristes Marc Trévidic et Nathalie Poux sur place en 2010, conclut que les roquettes ne peuvent techniquement venir des bases des partisans tutsis de Kagame, mais qu’elles auraient été tirées par des personnes se trouvant à proximité, voire à l'intérieur du camp des Forces armées rwandaises (FAR) à Kanombe. Les experts s'appuient sur des relevés, mais aussi sur deux témoignages anciens, celui d'un médecin militaire belge et celui d'un lieutenant-colonel des troupes de marines français, qui résidaient à l'intérieur du camp.

En quoi ces informations mettent à mal la théorie qui prévalait jusqu’alors?

La mort du président Habyarimana était attribuée à des rebelles tutsis du Front populaire rwandais (FPR), dirigé en 1994 par l'actuel président Paul Kagame, qui aurait voulu ainsi forcer l'accès au pouvoir. Le commando du FPR aurait, selon les conclusions de l’enquête du juge Jean-Louis Bruguière en 2006, tiré depuis Masaka, une colline boisée située à environ 4 km de l'aéroport.

Or, selon le rapport des sept experts dépêchés à Kigali (trois spécialistes en aéronautique, deux géomètres, un balisticien et un acousticien), l'avion d’Habyarimana a été touché sur son flanc gauche à proximité du lieu du crash, ce qui supposerait que le tireur a accroché le Falcon alors qu'il arrivait dans sa direction, puis l'a laissé passer et l'a abattu par derrière.

Quelle est la théorie des défenseurs du FPR?

Cette expertise technique vient appuyer la théorie soutenue par un rapport d'enquête rwandais, qui affirme que les tirs sont partis du camp militaire de Kanombe, importante base des Forces armées rwandaises (FAR), où il est «impossible d'imaginer» que le FPR ait pu s'infiltrer.

La thèse rwandaise impute la responsabilité de l'attentat aux extrémistes hutus des FAR, qui auraient voulu se débarrasser du président Habyarimana, jugé trop modéré, pour faciliter un coup d'Etat et empêcher l'application du traité d'Arusha (un accord entre les rebelles de Kagame et l’Etat rwandais) et en finir une bonne fois pour toute avec les Tutsis.

Qu’est-ce que cela implique?

A l’issue de l’enquête du juge Bruguière, la justice française poursuivait depuis 2006 neuf proches de Paul Kagame, ce qui a provoqué la rupture par Kigali des relations diplomatiques avec la France, rétablies depuis.

Cette expertise technique permet au camp de Paul Kagame et à ses défenseurs de le dire innocenté d'un des plus graves événements historiques du XXe siècle. Cependant, ses adversaires hutus contestent que la preuve de leur propre culpabilité ait été apportée. Les avocats des proches du président rwandais Paul Kagame, qui réclament un non-lieu dans l'enquête, envisagent par ailleurs de porter plainte pour tentative d'escroquerie en bande organisée, ont-ils annoncé ce mercredi.