10 ans de Guantanamo: Une chaîne humaine à Washington demande la fermeture de la prison

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Plusieurs centaines de manifestants ont formé une chaîne humaine mercredi à Washington, de la Maison Blanche à la Cour suprême, pour protester contre les dix années d'existence de la prison de Guantanamo, malgré les promesses de fermeture de Barack Obama.
Plusieurs centaines de manifestants ont formé une chaîne humaine mercredi à Washington, de la Maison Blanche à la Cour suprême, pour protester contre les dix années d'existence de la prison de Guantanamo, malgré les promesses de fermeture de Barack Obama. — Paul J. Richards afp.com

Plusieurs centaines de manifestants ont formé une longue chaîne humaine ce mercredi de la Maison Blanche à la Cour suprême pour protester contre les dix années d'existence de la prison de Guantanamo, malgré les promesses de fermeture du président Barack Obama. "Dix ans de trop, dix ans ça suffit", scandaient sous la pluie glacée les manifestants, dont des dizaines étaient vêtus des fameuses combinaisons oranges et encagoulés de sacs noirs, symboles du centre de détention américain, ou avaient la tête cerclée de la couronne de la statue de la Liberté.

"Nous sommes ici avec notre colère, notre énergie et même avec notre espoir pour demander à Obama et à la Cour suprême de fermer Guantanamo", a dit Frida Berrigan pour l'association Témoins contre la torture, un des organisateurs de la manifestation. Devant la Maison Blanche, des manifestants en treillis militaires mimaient des violences faites aux détenus. D'autres défilaient en rangs comme des prisonniers soumis. Certains manifestants portaient sur leur dos des photos de détenus morts à Guantanamo. D'autres rassemblements se sont tenus en Europe et au Canada.

«Plus de morts à Guantanamo que de détenus jugés»

"Il y a eu plus de morts à Guantanamo que de détenus jugés", a souligné Vincent Warren, directeur du Centre pour les droits constitutionnels (CSIS), un autre organisateur. Huit détenus ont péri et six ont été traduits en justice. "Aujourd'hui est un triste jour", a déclaré John Hutson, ancien juge militaire qui s'était "tenu fièrement derrière le président" Obama quand il a signé le décret de fermeture de la prison en 2009.

"Trois ans après, au 10e anniversaire de son ouverture, Guantanamo reste une tache dans nos efforts pour mettre fin au terrorisme et pour promouvoir le droit", a ajouté ce contre-amiral de la Marine à la retraite, lors d'une conférence de presse. Le 11 janvier 2002, une vingtaine de détenus arrivés d'Afghanistan étaient emprisonnés dans les cages à ciel ouvert sur la base navale américaine que Washington loue à Cuba en vertu d'un traité américano-cubain de 1903.

Aujourd'hui, 171 hommes croupissent encore dans ses geôles sur les 779 qui y ont été détenus, la plupart sans inculpation ni jugement. 89 d'entre eux ont été jugés "libérables" par les autorités militaires mais leur retour dans leur pays est empêché par une loi votée au Congrès. Amnesty International, qui appelait également à manifester, a publié un rapport sur "une décennie de dommages aux droits de l'homme", dans lequel il pointe que la prison "n'est pas seulement le symbole d'abus et de mauvais traitements" mais aussi "d'une atteinte aux principes internationaux des droits de l'homme" qui se poursuit aujourd'hui.

Une exception devenue une norme

"Dans ses premiers jours, Guantanamo était une anomalie" mais dix ans après "ce qui était une exception est devenue une norme", a renchéri Baher Azmy, qui a défendu un ancien détenu de Guantanamo. "Aujourd'hui de nombreux hommes comme lui sont encore bloqués là-bas à cause du jeu politique du Congrès et de l'extrême timidité de l'administration Obama", a-t-il fustigé. La Maison Blanche a affirmé lundi qu'il était toujours dans son objectif de fermer à terme la prison, malgré les "obstacles".

A Ottawa, une douzaine de manifestants ont bravé le froid polaire pour réclamer devant l'ambassade des Etats-Unis "la fin des détentions illégales" et le retour du détenu canadien de Guantanamo Omar Khadr. A Madrid, une dizaine de militants d'Amnesty brandissant des pancartes telles que "Guantanamo: 10 ans de honte". A Stockholm, l'image d'un détenu était projetée contre un mur et chaque signataire pouvait symboliquement effacer les barreaux de la cellule. A Paris, la réplique de la statue de la Liberté a été brièvement drapée d'une bâche orange mardi.