Que sait-on sur la mort de Gilles Jacquier, le journaliste de France 2 tué en Syrie?

MONDE Il faisait partie d'un groupe de journalistes en reportage dans la ville de Homs, foyer de la contestation dans le pays...

E.O., C.C. et N.Bg., avec agences

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Gilles Jacquier à Bayeux, le 9 octobre 2010.
Gilles Jacquier à Bayeux, le 9 octobre 2010. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Un journaliste de France 2 a été tué et au moins un autre journaliste, belge, a été blessé ce mercredi dans la ville syrienne de Homs. Le journaliste décédé, Gilles Jacquier, était en reportage pour le magazine Envoyé spécial. Son caméraman, Christophe Kenck, a été légèrement blessé, selon France Télévisions.

Dans un communiqué, le groupe indique être en contact avec les autorités syriennes et françaises pour rapatrier le corps. La direction «s'associe à la profonde douleur de sa famille». Gilles Jacquier, 43 ans, était grand reporter pour France 2 depuis 1999. Il avait obtenu en 2003 le prix Albert Londres et il avait couvert les guerres en Irak, au Kosovo, en Israël et en Afghanistan. Il est le premier journaliste étranger tué en Syrie depuis le début de l'insurrection, le 15 mars 2011.

«Quand je l'ai vu, j'ai compris qu'il était mort sur le coup»

Les deux journalistes, qui se trouvaient près du quartier d'Akrama, ont été atteints par des tirs de grenade ou de roquette, a déclaré Rami Abdoulrahman, de l'OSDH. Dans une autre déclaration, l'observatoire syrien des droits de l'homme déclare que «des obus sont tombés entre les quartiers de Akrama et Al-Nouzha où se trouvait un groupe de journalistes. Un journaliste occidental a été tué ainsi que six Syriens. Il y a eu des blessés».

Christophe Kenck, caméraman et collègue de Gilles Jacquier, évoque quant à lui plusieurs «coups de mortier». «Le quatrième est tombé sur un immeuble où Gilles Jacquier, le photographe de l'AFP, notre interprète et une photographe indépendante s'étaient réfugiés», raconte auprès de France Télévisions le journaliste, qui a été blessé dans l'attaque. «Je suis arrivé (...) et on a sorti Gilles, on l'a mis dans un taxi pour l'emmener à l'hôpital. (...) Mais quand je (l')ai vu, j'ai compris qu'il était mort sur le coup».

Au total, l'attaque a fait huit morts et 25 blessés, selon la chaîne de télévision syrienne Addounia.

France Télévisions restera sur le terrain

Thierry Thuillier, directeur de l'information de France Télévisions, a affirmé sur i-Télé que sa rédaction continuerait à couvrir les événements en Syrie, «en minimisant les risques», soulignant que renoncer serait «lâche». Rémy Pfimlin, le président de France Télévisions, s'exprimera au sujet du drame, dans le journal télévisé de 20h de France 2 ce mercredi soir.

Nicolas Sarkozy a de son côté fait part de sa «peine» et de son «émotion» après la mort de Gilles Jacquier. Dans un communiqué, la présidence de la République indique que «la France attend des autorités syriennes qu’elles fassent toute la lumière sur la mort d’un homme qui ne faisait que son métier: informer».

Alain Juppé a pour sa part souhaité que «toute la lumière» soit faite sur la mort du journaliste. Le ministre des Affaires étrangères a également adressé, dans un communiqué, «toutes [s]es condoléances à la famille et aux proches de notre compatriote, ainsi qu’à la rédaction de France Télévisions.»

Présence d'observateurs de la Ligue arabe

Le groupe de journalistes se trouvait à Homs dans le cadre d'un voyage autorisé par le régime syrien qui limite les déplacements des médias étrangers en Syrie.

La Syrie est en proie à des violences depuis le mois de mars, une partie de la population s'opposant au régime de Bachar al-Assad. Des observateurs de la Ligue arabe se trouvent actuellement dans le pays pour vérifier l'application du plan de sortie de crise accepté par Damas en novembre.

Un haut dirigeant de l'ONU a indiqué mardi au Conseil de sécurité que le nombre de manifestants tués en Syrie s'était accru depuis l'arrivée des observateurs de la Ligue arabe, a fait savoir Susan Rice, ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies. Dans sa première intervention publique depuis juin, le président Bachar al-Assad a imputé mardi les dix mois de manifestations qui secouent le pays à un «complot de l'étranger» et a promis de «frapper les terroristes d'une main de fer.»

Vidéo: En 2009, Angers 7 consacrait un portrait à Gilles Jacquier.