Nigeria: Deuxième jour de grève, le bras de fer continue

Reuters

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Les syndicats nigérians, mécontents de la disparition des subventions sur les carburants, ont entamé ce mardi une deuxième journée de grève, alors que les négociations entre les partenaires sociaux et le président Goodluck Jonathan restent dans l'impasse. Au premier jour de grève, lundi, trois manifestants ont été tués par la police qui a fait usage de balles réelles et de gaz lacrymogènes à Kano, dans le Nord, ainsi qu'à Lagos.

Des rassemblements se formaient ce mardi dans les principales villes du pays, dont les habitants dénoncent la suppression de la principale aide sociale dont ils bénéficiaient. Les banques, les services publics et les grandes entreprises sont fermés, mais quelques petits commerces et échoppes ont tout de même ouvert. Autour de Lagos, les larges autoroutes habituellement surchargées menant à la capitale économique sont presque vides. La plupart des vols internationaux en provenance ou à destination du Nigeria ont été annulés.

Appel à maintenir la grève indéfiniment

Les syndicats, qui ont dénoncé la mort des trois manifestants, ont appelé à maintenir la grève indéfiniment, jusqu'à ce que le gouvernement rétablisse les subventions supprimées. "Nous appelons l'ensemble des travailleurs et du peuple nigérian à poursuivre leur participation active à chaque journée de grève générale et de manifestations dans tout le pays, afin de faire en sorte que le prix du pétrole soit ramené à 65 nairas le litre." Goodluck Jonathan a prévenu qu'il ne renoncerait pas à cette réforme.

De l'avis des économistes, les subventions sur le carburant, sources de gaspillages et de corruption, ont permis à un cartel de négociants et d'importateurs de s'enrichir de plusieurs milliards d'euros. Elles encourageaient également le trafic de carburant vers le Bénin et le Cameroun, où les prix étaient plus élevés. Le gouvernement estime que la levée de cette mesure lui permettra d'économiser 1.000 milliards de nairas (4,8 milliards d'euros).

Des revenus pétroliers de 200 millions de dollars par jour

Peu de Nigérians ont profité des fonds publics, et la promesse de redistribuer les économies tirées de la levée des subventions a été accueillie avec scepticisme. Les revenus pétroliers du Nigeria atteignent 200 millions de dollars par jour, mais les infrastructures du pays restent délabrées et le niveau de vie bas en raison de la corruption. Malgré la grève, les exportations de pétrole ne sont pour l'instant pas affectées. Le brut nigérian est en effet en majeure partie extrait en mer, ce qui nécessite un nombre plus réduit d'ouvriers.

La gestion des manifestations devrait être en partie déterminante pour l'avenir politique de Goodluck Jonathan, un Sudiste dont le mandat s'achève en 2015. "Si (le gouvernement) l'emporte, les perspectives de réforme des autres domaines sensibles -la Constitution, le pétrole et le gaz, les salaires- s'améliorent. Si les grévistes obtiennent gain de cause, la crédibilité du gouvernement sera gravement atteinte. Tant que les exportations de pétrole ne sont pas touchées, le gouvernement devrait espérer que le mouvement s'éteigne de lui-même", , a estimé Antony Goldman, spécialiste du Nigeria au cabinet PM Consulting, à Londres.