Argentine : Méfiance envers l'équipe sélectionnée pour le Mondial 2006

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A Milan, dans l'autre quart de finale de la soirée, l'Inter peut lui s'estimer heureux d'avoir battu une surprenante équipe de Villarreal (2-1), un résultat qui n'oblitère toutefois pas les chances des Espagnols.
A Milan, dans l'autre quart de finale de la soirée, l'Inter peut lui s'estimer heureux d'avoir battu une surprenante équipe de Villarreal (2-1), un résultat qui n'oblitère toutefois pas les chances des Espagnols. — Filippo Monteforte AFP

L'Argentine se trouve dans le groupe C pour le premier tour de la Coupe du monde de football en Allemagne (9 juin – 9 juillet), avec les Pays-Bas, la Serbie-Monténégro et la Côte d'Ivoire. Seize joueurs (lire ci-dessous), dont quinze évoluant en Europe ainsi que le gardien Roberto Abbondanzieri du club argentin Boca Juniors, sont d’ores et déjà assuré de représenter les couleurs du pays au Mondial. Le sélectionneur argentin José Pekerman publiera une liste élargie à 23 joueurs le 15 mai.
Les défenseur de l'Inter Milan (1re div. italienne) Javier Zanetti et Walter Samuel sont les absents les plus notables de cette première liste, mais certains joueurs n'ont pas été convoqués car ils restent retenus par leur club pour des rencontres importantes.

José Pekerman a de nouveau misé sur des jeunes bardés de trophées, mais doit faire face à une grande défiance dans son pays où l'on redoute un échec similaire à celui de l'édition 2002. Ces « pichones », encadrés au Mondial par quelques vieux briscards, ont fait de Pekerman, 56 ans, le sélectionneur le plus titré au monde avec des équipes de jeunes: trois titres mondiaux des moins de 20 ans (au Qatar en 1995, en Malaisie en 1997 et en Argentine en 2001) auraient dû lui garantir les faveurs des supporteurs argentins. Or la méfiance règne.
L'Albiceleste a pourtant belle allure avec cette génération dorée, forte du stratège Juan Roman Riquelme, du polyvalent et vaillant Juan Pablo Sorin (tous deux demi-finalistes de la Ligue des champions avec Villarreal), mais aussi des milieux de terrain défensif Esteban Cambiasso (Inter Milan) et offensif Pablo Aimar (Valence), ainsi que de l'attaquant Javier Saviola (finaliste de la Coupe de l'UEFA avec le FC Séville mercredi).

Mais le supporteur argentin ne parle que de son nouveau dieu, Lionel Messi le bien nommé. Le jeune prodige du FC Barcelone (18 ans), adoubé par Diego Maradona en personne, recueille tous les éloges et fascine par ses dribbles endiablés et sa facilité dans le jeu. Messi « est un joueur qui élimine ses adversaires et cela fait de lui une espèce de terroriste dans le football actuel », dit de lui Jorge Valdano, champion du monde 1986. Le problème, c'est que « la Puce » Messi soigne une déchirure musculaire à la cuisse droite depuis le 7 mars. Il devrait être remis, mais rejette d'ores et déjà la pression qui commence à peser sur lui, du fait notamment de la comparaison avec le N.10 légendaire. « On sait tous comment (Maradona) a joué et ce qu'il a gagné, avance Messi. Je suis convaincu qu'il n'y en aura jamais un autre comme lui. Je me contente d'être à peine un peu de ce qu'il a représenté. Quoi qu'on fasse, ce sera peu en regard de ce que lui a fait. »

L'autre grand espoir de l'Argentine s'appelle Riquelme: le meneur de jeu achève une saison lumineuse avec Villarreal. Mais la Riquelme-dépendance s'avère à double tranchant pour l'Albiceleste dont le sort a trop souvent été lié à l'état de forme de son stratège. Pour le meilleur, comme lors de la victoire 3-1 sur le Brésil en éliminatoires du Mondial, en juin 2005, et pour le pire, avec une amère défaite 4-1 contre la même Seleçao quelques semaines après, en finale de la Coupe des Confédérations.

Hormis le coup d'éclat contre le Brésil, l'Argentine n'a guère brillé sous la houlette de Pekerman, qui a pris les rênes de la sélection en 2004, alors qu'elle était déjà quasiment qualifiée grâce à son prédécesseur Marcelo Bielsa. La défense n'est pas apparue très fiable et l'équipe bute encore contre les grosses et moyennes cylindrées : elle a perdu ses deux derniers matches amicaux, sur le même score de 3-2, contre l'Angleterre et la Croatie. Cette baisse de régime durable a fait perdre à l'Argentine son statut de grand favori dont elle avait été lestée avant le Mondial 2002. La déception (élimination dès le premier tour) n'en avait été que plus cruelle... Il est vrai que sa poule était relevée (Suède, Angleterre, Nigeria). Abonnée aux «groupes de la mort», elle retrouvera en Allemagne de sacrés rivaux dans le groupe C: la Côte d'Ivoire, la Serbie-Monténégro et les Pays-Bas.


Les 16 joueurs sélectionnés:

Gardiens: Roberto Abbondanzieri (Boca Juniors), Leonardo Franco (Atletico Madrid/ESP).
Défenseurs: Nicolas Burdisso (Inter Milan/ITA), Gabriel Milito (Saragosse/ESP), Fabricio Coloccini (Deportivo La Corogne/ESP), Leandro Cufre (AS Rome/ITA), Roberto Ayala (Valence/ESP), Gabriel Heinze (Manchester United/ENG).
Milieux de terrain: Maximiliano Rodriguez (Atletico Madrid/ESP), Esteban Cambiasso (Inter Milan/ITA), Juan Pablo Sorin (Villarreal/ESP), Juan Roman Riquelme (Villarreal/ESP), Luis Gonzalez (Porto/POR), Lionel Scaloni (West Ham/ENG).
Attaquants: Lionel Messi (FC Barcelone/ESP), Hernan Crespo (Chelsea/ENG)

Avec AFP