Hubert Védrine : «Ces accusations sont instrumentalisées»

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Interview d'Hubert Védrine, secrétaire général de l'Elysée de 1991 à 1995

Comment réagissez-vous à la plainte contre l'armée ?

Ces accusations sont globalement extravagantes. A mon avis, elles sont lourdement instrumentalisées par le régime du président, Kagamé, pour détourner l'attention. Leur objectif semble être uniquement de prouver la culpabilité, pourtant inexistante, de la France.

Pourquoi la France n'a-t-elle pas créé une commission d'enquête parlementaire, comme certains le réclament ?

La République n'a pas à s'aligner sur la demande de petits groupes de gens.

La Fédération internationale des droits de l'homme la réclame aussi...

C'est un petit groupe, sur ce sujet en tout cas. Ils sont d'une partialité éclairante. Avec la mission d'information parlementaire (en 1998), on a fait ce qui paraissait le plus adapté pour renseigner l'opinion.

La France n'a-t-elle pas apporté un soutien trop fort au président Habyarimana ?

La politique de Mitterrand au Rwanda a fait deux choses : empêcher le FPR de Kagamé de renverser le gouvernement en place, et obliger Hutus et Tutsis à partager le pouvoir, selon les accords de paix d'Arusha en 1993. On ne peut donc pas résumer la politique française au soutien à un régime ou à un président.

Etes-vous fier de ce qu'a fait la France au Rwanda ?

Ce qu'elle a fait est honorable, mais je regrette amèrement qu'elle ait échoué. La France a essayé de concilier les contraires. Par ailleurs, si le juge Bruguière démontre que l'attentat qui a déclenché le génocide a été organisé par le FPR, cela changera complètement la donne. Cela montrera que la France a essayé de trouver une solution, mais en a été empêchée par les extrémistes.

Recueilli par F. V.