Rwanda : la justice française accusée d'obstruction

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L'épreuve de force judiciaire continue. En février 2005, six Rwandais avaient déposé plainte contre l'armée française pour « complicité de génocide » pendant l'opération Turquoise au Rwanda (lire ci-dessous). Hier, les associations de défense des droits de l'homme et les avocats des plaignants ont dénoncé l'« obstruction systématique » du parquet du tribunal aux armées de Paris (TAP) dans ce dossier.

Dernier rebondissement dans cette affaire, le procureur du TAP, Jacques Baillet, a en effet déposé le 11 avril une requête auprès de la chambre d'instruction. Elle vise l'annulation des auditions des six plaignants effectuées à Kigali par la juge d'instruction, Brigitte Raynaud [remplacée en février par Florence Michon]. Le parquet estime que la juge aurait dû émettre une commission rogatoire internationale auprès des autorités judiciaires rwandaises pour ces auditions. Or, rappelle Michel Tubiana, avocat et président de la Ligue des droits de l'homme, c'est le même Jacques Baillet qui avait, en octobre, demandé à la magistrate de se rendre sur place. « C'est un comportement schizophrénique inquiétant », ironise-t-il. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris décidera lundi si les auditions sont annulées ou non.

Derrière cette bataille judiciaire se cache celle, très politique, qui touche au rôle controversé de la France avant et pendant le génocide au Rwanda en 1994. Certains attendent que le pays fasse toute la lumière sur son implication. D'autres affirment, le Quai d'Orsay notamment, que la France « a fait tout ce qu'elle a pu et n'a rien à se reprocher ».

Faustine Vincent