Syrie: Moustafa Dabi, un chef des observateurs qui provoque l'inquiétude

LIGUE ARABE Précédemment en poste au Darfour, le général soudanais n'apparaît pas comme un chantre des droits de l'Homme...

Avec Reuters

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Capture d'écran d'une vidéo montrant Moustafa Dabi (à droite), à Homs, en Syrie, le 27 décembre 2011.
Capture d'écran d'une vidéo montrant Moustafa Dabi (à droite), à Homs, en Syrie, le 27 décembre 2011. — AFP

Le choix du général soudanais Moustafa Dabi pour diriger l'équipe des observateurs de la Ligue arabe en Syrie suscite l'inquiétude de l'opposition syrienne en raison de la situation particulière des dirigeants de Khartoum, en délicatesse avec la justice internationale. Mercredi, la France a d'ailleurs remis en cause les premières conclusions des observateurs.

L'organisation panarabe estime que l'expertise militaire et diplomatique de Dabi est essentielle pour mener à bien la mission d'observation chargée de vérifier l'application par Damas d'un plan de sortie de crise, après neuf mois de manifestations antigouvernementales réprimées dans le sang. Mais aux yeux de certains détracteurs de Khartoum, il semble peu probable que le général soudanais recommande à l'issue de la mission une intervention étrangère ou la mise en place d'un tribunal international pour se pencher sur la question des violations des droits de l'homme commises en Syrie.

«Pourquoi nommer le membre d’une armée précisément coupable des crimes qui sont dénoncés en Syrie?»

Pour Eric Reeves, professeur au Smith College, dans le Massachusetts, la nomination de Dabi à la tête de la mission est le signe que la Ligue arabe ne souhaite pas découvrir des éléments qui la contraindrait à muscler son action contre Damas. «Il y a une question que tout le monde se pose: pourquoi nommer quelqu'un à la tête d'une mission d'enquête (...) quand il est membre d'une armée qui est précisément coupable des crimes qui sont dénoncés en Syrie?», s'interroge Reeves.

Le général Dabi a occupé des postes importants dans l'armée soudanaise et au sein du gouvernement, notamment dans la province du Darfour où l'armée de Khartoum, selon la Cour pénale internationale (CPI), a commis des crimes de guerre et où, d'après l'ONU, 300.000 personnes ont été tuées ces dernières années.

Remise en cause de la crédibilité de la mission

«La décision de la Ligue arabe de nommer à la tête de sa mission d'observation un général soudanais sous les yeux de qui de graves violations des droits de l'homme ont été commises au Soudan risque de saper les efforts de la Ligue arabe et pose de sérieuses questions sur la crédibilité de la mission», estime Amnesty International.

Âgé de 63 ans, Dabi a été nommé à la tête des services secrets militaires du Soudan en 1989, le jour du coup d'Etat de Bachir, avant de prendre la tête de l'agence des renseignements étrangers et d'occuper le poste de responsable adjoint des opérations militaires entre 1996 et 1999. Pour Jehanne Henry, chercheuse spécialiste du Soudan à Human Rights Watch, Dabi, en tant que chef des services secrets militaires du Soudan dans les années 1990, «était très certainement au courant de ce que faisaient les services de sécurité à cette époque (…): arrestations arbitraires, détention d'activistes politiques, mauvais traitements et des actes de torture». «Il ne correspond pas de toute évidence au profil d'observateur des droits de l'homme», conclut-elle.