Syrie: Manifestation monstre à Homs, où les observateurs de la Ligue arabe sont arrivés

CONTESTATION Un gazoduc a été le cible d'un attentat terroriste, selon le pouvoir...

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Des manifestants contre le régime de Bachar al-Assad, le 23 décembre 2011, à Binsh (Syrie).
Des manifestants contre le régime de Bachar al-Assad, le 23 décembre 2011, à Binsh (Syrie). — REUTERS

Les observateurs de la Ligue arabe ont débuté mardi leur mission en Syrie en se rendant à Homs, bastion de la révolte contre le régime, où quelque 70.000 personnes manifestaient au lendemain de la mort de plus de 30 civils tués par les forces de l'ordre, selon des militants. Des dizaines de milliers de personnes ont observé un sit-in dans le quartier de Khalidiyé à Homs, pour «dénoncer les crimes du régime» du président Bachar al-Assad, a annoncé l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), faisant état d'autres rassemblements dans les quartiers de Bab-Dreib et Jab al-Jandali.

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Quelque 70.000 manifestants ont ensuite tenté de pénétrer sur la place al-Saa, la grande place du centre de Homs, mais des agents de la sécurité les ont dispersés en tirant des gaz lacrymogènes.

Les forces de l'ordre ont aussi tiré à balles réelles dans une rue menant à la place, faisant quatre blessés, dont un grave, parmi les manifestants, a ajouté l'OSDH.

 Attaque d'un gazoduc

La télévision privée Dounia, proche du pouvoir, a affirmé que les observateurs s'étaient rendus dans le quartier de Bab Sebaa à Homs, où ils avaient «évalué les dégâts faits par les groupes terroristes», et qu'ils devaient se rendre plus tard à Hama (centre) et Idleb (nord-ouest).

Une vidéo diffusée sur YouTube montrait des observateurs arabes à Homs, parmi lesquels M. Dabi, pris à partie par quelques habitants essayant de les convaincre de venir voir ce qu'il se passe dans leur quartier.

L'agence officielle Sana a aussi rapporté une attaque «terroriste» sur un gazoduc dans la région de Homs. Les autorités affirment que les violences qui ravagent la Syrie depuis mars sont dues à des «groupes armés», tandis que l'opposition accuse le régime de tenter d'étouffer dans le sang un mouvement de contestation pacifique.

Des blindés dans le centre

Ces violences, qui ont fait au moins 5.000 morts en neuf mois selon l'ONU, ont encore coûté la vie à cinq civils, tombés mardi sous les balles des forces de l'ordre, un dans la province d'Idleb, deux à Deraa (sud) et deux à Douma, près de Damas, selon l'OSDH. Lundi, 44 civils avaient été tués à travers le pays par les forces de l'ordre, dont 34 dans la province de Homs.

Selon Rami Abdel Rahmane, président de l'OSDH, onze chars et des véhicules blindés se sont retirés mardi du quartier de Baba Amro à Homs, théâtre d'intenses bombardements les jours précédents, avant l'arrivée des observateurs.

«La délégation des observateurs est entrée à Baba Amro, accompagnée de personnes du gouvernement, mais n'a pas rencontré d'habitants», a-t-il ajouté.

Mais le repli des blindés n'est qu'une «ruse», les bombardements pouvant reprendre «en quelques minutes», ont dénoncé M. Abdel Rahmane et les militants de la page Facebook «Syrian Revolution 2011».

Attention aux manipulations

Le chef de la mission des observateurs, le général soudanais Mohammed Ahmed Moustapha al-Dabi, avait déclaré dans la matinée à l'AFP que les responsables syriens avaient été «jusqu'à présent (...) très coopératifs».

Cinquante experts civils et militaires mandatés par la Ligue arabe sont arrivés lundi soir en Syrie pour surveiller la situation sur le terrain, dans le cadre d'un plan de sortie de crise qui prévoit l'arrêt des violences, la libération des détenus, le retrait de l'armée des villes et la libre circulation dans le pays pour les observateurs arabes et la presse.

«L'arrivée de ces observateurs n'est naturellement pas une fin en soi: c'est bien l'ensemble du plan de la Ligue arabe qui doit être mis en oeuvre», a prévenu la France mardi, mettant en garde contre «toute tentative de dissimulation et de manipulation» de la part des autorités syriennes.

Lundi, le Conseil national syrien (CNS), qui réunit la plupart des courants de l'opposition, avait demandé au Conseil de sécurité de l'ONU «d'adopter» le plan de la Ligue arabe sur la Syrie estimant que celle-ci n'avait «pas les moyens de le faire appliquer».

A Damas, relativement épargnée par la contestation jusqu'à présent même si un attentat sans précédent depuis le début de la révolte a fait 44 morts la semaine dernière, un étudiant a ouvert le feu dans l'université, faisant un mort et quatre blessés, a rapporté Sana.

Les autorités n'ont pas précisé les possibles motivations du tireur, mais des militants ont affirmé que l'attaque était le fait de plusieurs étudiants pro-régime.