Nigeria: Qui est derrière la secte islamiste Boko Haram?

DECRYPTAGE Eclairage sur cette organisation violente, dont les partisans veulent imposer la charia au Nigeria...

Anne-Laëtitia Béraud

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Des secouristes travaillent dans le bâtiment éventré de l'ONU quelques heures après l'attaque à la voiture piégée qui a tué au moins 18 personnes, vendredi 26 août à Abuja (Nigéria)
Des secouristes travaillent dans le bâtiment éventré de l'ONU quelques heures après l'attaque à la voiture piégée qui a tué au moins 18 personnes, vendredi 26 août à Abuja (Nigéria) — REUTERS/Afolabi Sodtunde

Archive 20Minutes. Cet article a été mis à jour à la suite de la libération de l'otage français Francis Collomp.

Un nouvel otage français libre. François Hollande a annoncé ce dimanche la libération de Francis Collomp, qui était retenu en otage au Nigéria depuis décembre 2012 par Ansaru, considéré comme une faction du groupe islamiste nigérian Boko Haram. Qui se cache derrière Boko Haram, qui a revendiqué jeudi l'enlèvement du prêtre français Georges Vandenbeusch dans le nord du Cameroun, près de la frontière avec le Nigeria?

Utilisation de la peur

La secte Boko Haram, dont le nom signifie en langue africaine haoussa «l'éducation occidentale est un péché», a été créée en 2003 par Mohamed Yusuf, décédé entre-temps. Elle est désormais dirigée par Abu Muhammad Abubakar bin Muhammad, aussi appelé «Shekau.». Elle a pour but l’instauration de la charia, la loi islamique, au Nigeria, un grand pays sub-saharien à la population également partagée entre musulmans et chrétiens. 

Le groupe s'inspire du mouvement des talibans afghans: ses partisans, qui portent de longues barbes et des foulards rouges ou noirs, utilisent la peur pour imposer leur idéologie. Boko Haram a revendiqué des dizaines d'attentats et de fusillades dans son fief du nord du pays. La zone est frontalière du Niger, du Tchad, du Cameroun et proche de la République centrafricaine.

Boko Haram est sorti de l’anonymat en 2009, lorsque la secte fomente une rébellion dans des Etats du nord du Nigeria. Plusieurs centaines de personnes meurent dans la répression de ces émeutes, dont le prédicateur de la secte, Mohamed Yusuf. Depuis, elle a réussi à multiplier les attaques, jusque dans la capitale Abuja. Elle a notamment revendiqué le premier attentat suicide jamais commis au Nigeria, en aout 2011.

Rapprochement avec Aqmi

Par ses violences spectaculaires et son message, la secte islamiste s’est peu à peu rapprochée des cellules terroristes du Sahel, dont Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). En novembre 2011, le vice-ministre algérien des Affaires étrangères Abdelkader Messahel a d’ailleurs affirmé qu’il avait la preuve, à partir de rapports de services de renseignement, que la secte islamiste nigériane coordonne ses opérations avec le réseau Al-Qaida au Maghreb (Aqmi). 

«Nous avons acquis la certitude qu'il y a coordination entre Boko Haram et Al-Qaida», déclarait alors ce responsable algérien. «La façon dont les deux organisations opèrent et les rapports des services de renseignement montrent qu'il y a bien coopération».

Sur la liste des organisations terroristes de Washington

Tenu pour responsable de la mort de centaines de personnes au Nigeria, c'était la première fois le 19 février 2013 que le groupe enlevait des étrangers, les Moulin-Fournier, un famille française expatriée au Cameroun détenue pendant deux mois. «Ils peuvent avoir de petits problèmes financiers», avançait alors Laurent de Castelli, chercheur spécialisé sur Boko Haram à l'Iris, interrogé par francetvinfo.fr

Les Etats-Unis ont placé, mercredi 13 novembre, les groupes nigérians Boko Haram et Ansaru sur leur liste des «organisations terroristes étrangères». Dans un communiqué, le département d'Etat a annoncé ce classement, qui vise notamment Boko Haram, accusé par Washington d'être lié à Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) et d'être «responsable de milliers de morts dans le nord-est et le centre du Nigeria ces dernières années».