Jean-Vincent Brisset: «Il n'y a plus d'autres régimes comparables à la Corée du Nord»

GÉOPOLITIQUE u lendemain de la fin d'un nouveau dictateur, «20 Minutes» a cherché, avec le concours du chercheur à l'Iris, à savoir ce qu'est une dictature, et combien il en restait...

Nicolas Bégasse

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Parade militaire à Pyongyang, en Corée du Nord, le 9 septembre 2011.
Parade militaire à Pyongyang, en Corée du Nord, le 9 septembre 2011. — KCNA/CHINE NOUVELLE/SIPA

L’année qui s’achève a vu les dictateurs tomber les uns après les autres, pour des raisons aussi diverses qu’une contestation populaire, une guerre civile ou une mort naturelle. Ben Ali en janvier, Moubarak en février, Gbagbo en avril, Kadhafi en octobre, Saleh en décembre avec la désignation d’un gouvernement de transition, et, bien sûr, Kim Jong-il ce lundi: tous les deux mois en moyenne, un dictateur, parfois en place depuis plusieurs décennies, a disparu.

Au moins quatre définitions de la «dictature»

Pour faire l’inventaire des dictateurs de premier plan qui ont réchappé à l’année 2011, 20 Minutes a demandé à Jean-Vincent Brisset, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), de définir ce qu’est une dictature. Et la tâche n’est pas aisée: «C’est un débat philosophique intéressant, mais c’est très difficile à définir, d’autant qu’il y a tout un côté idéologique», prévient le chercheur. Il ne propose pas moins de quatre définitions de ce qu’est une dictature: «Là où il y a plus de 99% pour un candidat dans les élections», un pouvoir «qui ne gouverne pas en fonction des lois», ou bien «sans réel contre-pouvoir législatif». Ou encore, «un régime où le dirigeant n’est pas soutenu par son peuple, même si Hitler, et peut-être Kim Jong-il, l’étaient, voire Pinochet, qui a été mis en place par la rue contre Allende».

Du coup, selon les définitions, un pays peut être, ou pas, considéré comme une dictature. Jean-Vincent Brisset cite, en plus de la Corée du Nord: la Chine, le Vietnam, Cuba, certains pays africains «qui sont plus des régimes totalitaires que des dictatures sans parlement», la Russie «où il y a des malversations aussi». Mais pour chaque pays de sa liste non-exhaustive, le chercheur souligne des nuances qui pourraient faire passer ces régimes de dictature à démocratie.

«Un nouveau culte de la personnalité»

Une chose est sûre pour lui: «La Corée du Nord, c’est la dictature type, avec une population brimée et un pouvoir qui s’enrichit». Et d’après Jean-Vincent Brisset, «il n’y a plus d’autres régimes comparables à la Corée du Nord; même la Birmanie, on peut s’y rendre aujourd’hui.»

Pas d’équivalent à la dictature du pays le plus cadenassé du monde, donc. Et concernant l’avenir de la Corée du Nord, le chercheur se montre pessimiste: «Le nouveau régime, c’est Kim Jong-un plus un groupe au pouvoir derrière lui. Son intérêt, c’est de créer un nouveau "Cher leader" et relancer un culte de la personnalité.» La Corée du Nord, elle, n’est pas près de passer dans le camp des démocraties.