La production manufacturière a reculé de 0,8% en 2005 en Grande-Bretagne, essuyant sa première baisse depuis 2002 malgré une amélioration en fin d'année, selon des chiffres publiés mercredi par l'Office des statistiques nationales (ONS).
La production manufacturière a reculé de 0,8% en 2005 en Grande-Bretagne, essuyant sa première baisse depuis 2002 malgré une amélioration en fin d'année, selon des chiffres publiés mercredi par l'Office des statistiques nationales (ONS). — Michael Stephens AFP/WPA Pool/PA/Archives

Monde

Gordon Brown ou l'ombre de Blair

Portrait de l'ambitieux ministre britannique des Finances, allié et rival du locateur de Downing Street

Partenaire incontournable de Tony Blair depuis quinze ans, Gordon Brown, le ministre britannique de l'Economie, est également son principal rival. A 54 ans, il est d’ores et déjà le chancelier de l’Echiquier qui est resté le plus longtemps à son poste dans l'histoire de la Grande-Bretagne, Mais Gordon Brown voit plus loin depuis que le Premier ministre a fait savoir qu'il ne se représenterait pas pour un quatrième mandat.

Connu pour son énorme capacité de travail dans un surprenant désordre, ce fils de pasteur présbytérien écossais, né le 20 février 1951, distribue ses premiers tracts pour le parti travailliste à l'âge de 12 ans et entre à l'université à 16. Un coup malencontreux reçu lors d'un match de rugby lui fait perdre l'oeil gauche. Drôle de destin pour un Travailliste. Elu pour la première fois en 1983 député d'Edimbourg, il devient président du Labour d'Ecosse la même année. Trois ans plus tard, il devient porte-parole pour les affaires régionales dans le gouvernement fantôme du dirigeant travailliste Neil Kinnock.
Considéré dès 1989 comme la star incontestée de la nouvelle génération du Labour, il devient momentanément le favori de l’opposition pour le poste de Premier ministre. Mais lorsqu’en 1994, le leader travailliste John Smith décède brutalement d'une crise cardiaque, Gordon Brown se mure dans la douleur. Tony Blair, lui, s'active pour prendre la tête du parti.

Selon une rumeur jamais vraiment démentie, un pacte aurait alors été conclu entre les deux hommes dans un restaurant du nord de Londres: Brown renoncerait à se présenter à la direction du parti, en échange de quoi Blair lui aurait promis le ministère des Finances et l’assurance de lui céder la place après un premier mandat. Une promesse non tenue qui expliquerait l'animosité souvent palpable entre les deux hommes.

Surnommé le "Chancelier de fer" en 1997 alors qu’il tenait à résorber la dette publique, Gordon Brown a vu son image s'adoucir au fil des années. La raison : la bonne santé de l'économie britannique depuis son arrivée aux responsabilités. Inflation mesurée, taux d'intérêt au plus bas depuis 35 ans, chômage modéré : les indices sont plutôt dans le vert alors que le niveau de vie a progressé de 3% par an en moyenne depuis huit ans.

Un bilan donc et un style, opposé à celui du sémillant Blair. Brown, l'austère, aime aligner les chiffres, au risque de paraître pédant, voire ennuyeux. Quand l'actuel occupant du 10 Downing Street promène son sourire carnassier et sa démarche élastique, le Chancelier de l'Echiquier, à la silhouette plus massive, conserve une réserve un peu ténébreuse. Une attitude qui fait dire à l'historien Peter Hennessy, qu’il "a les talents en société d'un bulot". Mais il sait très bien tirer profit de son image et se voit paré d'une épaisseur morale et d'une image d'honnêteté, un peu bougonne, mais authentique. Au point qu'un récent sondage montre que pour 72% des Britanniques, si les Travaillistes sont réélus le 5 mai, "ce sera autant grâce à Gordon Brown qu'à Tony Blair". Comme une revanche.